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14 janvier 2018

Au revoir, cher ami Ngama et bon voyage à Longà!

Classé dans : Décès — Obambé Mboundze GAKOSSO @ 10 h 42 min

C’était un de mes piliers.

Une de mes références suprêmes.

Un homme dont la principale qualité était aussi le principal défaut : dire ce qu’il pense !

Il était pour moi une source inépuisable d’informations, de conseils.

Comme il le disait lui-même : « Je ne suis pas sûr d’être né en 1942. Je suis sûr d’être né avant, mais on va dire que je suis né en 1942 ! »

Au moment d’aller sur ces 76 ans, ce baobab est parti.

Ngama

Parti rejoindre son fils Koka, mon presque jumeau tant nous étions tout le temps ensemble entre notre année du bac et mon départ pour le Royaume Chérifien. Koka qui lui ressemblait traits pour traits et qui comme moi, comme ma mère, ne craignait pas du tout cet homme qui faisait peur à la terre entière.

2002, Koka partit rejoindre nos Ancêtres. Presque 16 ans après, c’est ton papa, mon très cher oncle adoré qui lui aussi fait la grande traversée. Diplômé en économie avec qui nous avions tant de rêves et de projets.

Il fait la grande traversée pour rejoindre également Bonheur, cet autre fils qui, ironie du sort, ressemblait beaucoup à son père. C’était il y a 19 ans déjà.

 

Mes dernières visites chez ce vieil que j’appelais mon frère car lui aussi m’appelait ainsi, laissait clairement entrevoir qu’il n’en avait plus pour longtemps et que son âme, son esprit et son corps physique étaient en voie de séparation. Je ne m’y attardais pas plus de dix minutes car c’est un de mes principes de base que les malades ont besoin de repos.

 

Après avoir réussi à son Certificat d’études indigènes dans l’actuel département des Plateaux, il aura le choix (si je puis dire…) : aller à Makua, au lycée Champagnat ; aller à Mfoa au lycée Savorgnan de Brazza ou aller à Ndjindji au lycée Victor Augnagneur[1] Il me dira en 2016 au cours d’une de nos rares conversations que je savourais tant : « Je n’avais aucun parent à Makua. Dans la capitale, il y avait un parent, me disait-on, mais je n’avais aucun contact avec lui ! Je me suis donc lancé dans le commerce du vin de palme. Quand j’apprendrai plus tard qu’un concours de la Gendarmerie sera organisé, je suis allé m’inscrire et je terminerai premier. C’est ainsi que j’ai quitté le village pour la ville. »

C’est donc en 1962 que cet homme, neveu de mon grand-père maternel commencera à gagner sa vie autrement qu’en vendant son vin de palme. Quand il prendra sa retraite en 1992, avec le galon de capitaine, je me souviens avoir essayé de comptabiliser les gens qui sont passés dans sa maison de la rue Massa : il y avait ma propre mère dans le lot.

Il avait pour principe d’aider les siens, quoi qu’ils aient fait, qui qu’ils puissent être par rapport à son père (qu’il perdit alors qu’il était encore tout petit) et par rapport à sa mère (la tante paternelle de ma mère).

Sa vie est un roman. Puissent les Ancêtres me permettre de retranscrire tout cela un jour comme il se doit !

Malade depuis un bout de temps, lors de mon passage à Ollombo en juillet 2016, j’ai pu voir comment il avait le plus grand mal pour se déplacer : sans bâton, il ne pouvait plus. Cet homme si fort (physiquement et mentalement) avant-hier, hier, allait vraiment vers sa fin terrestre. J’avais du mal à supporter cet image, voulant toujours garder de lui l’image de cet homme imposant, qui en imposait, qui faisait peur à tout le monde sauf à nous trois : ma mère, mon très cher Koka et moi.

Oui, Ngama Cyprien est parti ce matin, à 5 heures. Comme un pied de nez à l’histoire, je me souviens que c’est à cette même heure que ma mère m’avait appelé en 2002, alors que je dormais dans mon appartement de Villiers/Marne pour m’annoncer le départ de Koka pour Longà. Ce matin, je n’ai pas voulu appeler ma mère tôt. J’ai attendu avant que de lui annoncer cette nouvelle qui allait, je le savais, l’ébranler.

On aurait pu le sauver, si nous étions dans un Etat respectueux de ses concitoyens. Comment peut-on souhaiter être en bonne santé quand votre pension ne passe pas depuis des siècles ? Un homme qui sert son pays trois décennies durant, en être réduit à se battre avec sa dernière énergie pour une évacuation sanitaire au Maroc (aux frais de la famille car seuls les puissants de ce pays sont pris en charge par l’Etat, en pareilles circonstances)

On vient au jour au monde.

On vit, une seconde ou des décennies.

Arrive un jour où on termine son rôle et on va rejoindre ses Ancêtres !

Tu ne peux imaginer, cher ami combien ta voix me manque déjà !

 

 

Au revoir, cher ami Ngama et bon voyage à Longà!

 

Obambe NGAKOSO, January 2018 ©


[1] Comme on peut le voir, les établissements scolaires portent des noms bien de chez colonies !

 

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