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24 mai 2017

Centres culturels africains? Juste une question de volonté, juste de la volonté

Classé dans : Cinéma,Culture,Dessin,modélisme,Musique,Sculpture — Obambé Mboundze GAKOSSO @ 19 h 27 min

Dans ma famille, je ne suis évidemment pas le seul à avoir mis mes pieds un jour en Europe. Certains y sont même nés, avant moi, après moi et même devant moi. 

Chaînes

Certains sont au Congo et s’intéressent à mes textes. Une question les taraude souvent et ils me la posent souvent : « Pourquoi tu n’as jamais présenté tes ouvrages au Centre culturel français ? »

C’est une très bonne question pour eux.

Les pauvres croient que, naturellement, quand on écrit un livre, quand on a un tableau à présenter etc., il faut aller à l’Institut français (c’est comme cela que s’appellent désormais les CCF). Quoi de plus normal puisque même les autorités, lorsqu’elles veulent organiser un événement culturel pensent d’abord et avant tout à cet endroit ?

 

Je me souviens encore de ce frère, vivant en France qui était descendu au Congo, fut choqué de savoir que la rentrée culturelle, officielle, du pays, avait lieu en ces lieux.

 

Ce n’est pas l’argent qui manque pour que nous ayons un lieu de culture/arrondissement et dans chaque sous-préfecture. Ça ne nous coûtera pas plus cher que les 4*4 rutilants que l’on voit partout chez nous, même dans les endroits les plus sordides de nos villes où les odeurs sont tellement insupportables que je suis obligé de mettre un mouchoir ou une serviette.

Il est tout de même curieux que près de soixante ans après les indépendances nominales de nos enclos coloniaux, nous en soyons encore réduits à aller mendier de l’espace auprès des autorités françaises (dois-je rappeler que l’Institut français dépend des services consulaires français ?) chaque fois qu’il est question d’organiser un événement…

Combien avait coûté la construction de ce qu’on appelait jadis le Centre culturel français (CCF) ? Je ne sais mais je suis sûr qu’entre tout ce qui est volé au quotidien, toutes les dépenses somptuaires qui sont réalisées dans ce pays depuis des décennies, tout ce parc automobile qui donne l’impression que  les en-haut d’en-haut font un concours pour savoir qui aura la plus grosse et la plus longue, il y a vraiment assez d’oseille pour doter chaque arrondissement de nos villes d’une salle de spectacle où les comédiens pourront jouer chaque semaine. Où les chanteurs pourront chanter chaque semaine. Où les écrivains pourront présenter leurs œuvres littéraires au jour le jour, dans ce pays où il y aura bientôt autant d’écrivains que de bars. Où les peintres pourront tenir des expositions pour un public qui, j’en suis sûr, sera heureux d’assister à ces événements. Où des poètes pourront déclamer des vers devant un public qui ne crachera pas sur eux : je peux témoigner depuis mon retour combien la poésie congolaise est en permanence en effervescence. J’en passe sur les autres arts (cinéma par exemple).

Ce n’est pas normal.

Rien ne peut justifier une telle politique culturelle depuis le 15 août 1960.

Mis à part le CFRAD (Centre de formation et de recherche en arts dramatiques), un très vieux bâtiment qui ne ressemble plus à rien, ni vu de l’extérieur, ni vu de l’intérieur, les Congolais n’ont aucune salle africaine où ils peuvent aller jouer, débattre, assister à un spectacle de danse (moderne ou traditionnelle). C’en est tout simplement pathétique…

La France doit se réjouir de voir ces Nègres aller faire sans cesse la courbette chez elle pour le moindre événement et en même temps crier « Souveraineté ! Souveraineté ! Souveraineté ! » dès que la fameuse question des BMA (Biens mal acquis) est remise sur la table par des juges français, quand les relations entre les deux pays connaissent un froid sibérien.

On me parlera du Palais de Congrès et moi, je rirai. Combien coûte cette salle ? Quel est l’écrivain congolais qui peut avoir la prétention d’aller s’y payer la moindre salle pour présenter un livre qui sera acheté par moins de vingt personnes dont peut-être dix présentes dans la salle ?

Il faut à un moment donné être sérieux et savoir ce que l’on veut.

La culture, c’est ce que nous sommes et si ce que nous sommes doit se résumer à chaque fois de façon officielle à aller se courber à l’Institut français, je crains que nous soyons en-dessous de Zéro.

Comme certains il m’arrive d’aller dans cet établissement. Parce que je suis invité par de jeunes frères très talentueux, parce que des fils et des filles me demandent de venir assister à leurs productions mais, pour autant, je ne me vois pas aller y présenter mes livres. C’est un choix évidemment personnel. C’est comme cela.

Il faut que nos autorités se réveillent à ce sujet. A Dongou, à Mossendjo aussi ils ont besoin de culture et une salle de 50 personnes dans ces recoins ne ferait pas de mal aux populations de l’hinterland car il faut cesser avec cette culture élitiste qui pousse certains des nôtres à se contenter des bruits faits par certains qui se présentent comme des artistes. On a vu comment des préfectures immenses, des sous-préfectures qui ne servent à rien ont été bâties durant les fameuses municipalisations accélérées. Pourquoi personne n’a jamais pensé à doter ces villes de salles de spectacles ? Pourquoi ? Il faut être sorcier pour y penser ? Les arrondissements de nos deux plus grandes villes sont en elles-mêmes des villes. Il st consternant que le soir venu, un piéton doive se payer des taxis (deux ou trois) pour quitter par exemple Massengo pour assister à un spectacle de slam à l’Institut français et se payer autant de taxis pour rentrer chez lui entre 21 heures et 23 heures. Il lui faudra prévoir pas moins dix mille francs coloniaux dans ce cas. Faut-il rappeler que tout le monde n’a pas pour passion de jeter l’argent par les fenêtres ?

Pour se libérer, il nous faut briser les chaînes invisibles qui sont dans nos têtes. Pas ailleurs.

Je m’en tiendrai là. Pour aujourd’hui.

 

Obambe NGAKOSO, May 2017 ©

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