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27 février 2017

Violences en Afrique du Sud: quand les combattants se battent pour le ventre, le pouvoir conquis…

Classé dans : Justice,Sécurité — Obambé Mboundze GAKOSSO @ 12 h 28 min

Dans son excellent ouvrage, « Le franc CFA et l’Euro contre l’Afrique »*, le professeur Nicolas Agbohou (politologue et économiste) rappelle entre autres que c’est l’Afrique noire qui a fécondé l’Egypte.

Il n’est pas égyptologue de formation mais, comme le dit Cheikh Anta Diop (1923-1986), il s’est armé de sciences et de savoir jusqu’aux dents.

Il n’est pas né dans la région des Grands lacs, d’où l’Homme est parti et a essaimé à travers le monde, y compris donc dans la fameuse Egypte dont la très brillante civilisation a régné sur le monde des millions d’années.

Pourquoi je parle de lui au sujet de la violence commise par des bandits et criminels sud-africains à l’égard d’Africains accusés de tous les maux de la terre, à l’exception de ne je sais trop quoi ? C’est parce que Agbohou a ce nous appelons une conscience historique alors que, visiblement, ces bandits et criminels sud-africains eux, n’en disposent pas.

La conscience historique est cette chose qui devrait empêcher à chaque Africain de commettre l’innommable, ce qui se passe dans la République Sud-Africaine. Je suis en effet persuadé que la cause principale de ces violences est l’absence de conscience historique de cette partie de la population sud-africaine en particulier et des Africains en général. Quand un Africain, avec tout le passif qui est le nôtre, avec notre histoire grandiose, avec toutes les agressions dont notre peuple et notre terre ont été victimes (et continuent de l’être), avec tout notre apport à la civilisation humaine, se comporte ainsi, il y a vraiment de quoi se poser des questions et revoir nos fondamentaux.

Les Trois

De gauche à droite, Thabo Mbeki, Madiba Mandela et Jacob Zuma

Le premier coupable, selon moi, c’est l’ANC (African National Congress). Ce parti a été créé en 1912, au moment où les envahisseurs venus d’Europe (Pays-Bas, Prusse, France, Royaume Uni etc.) traitaient la population sud-africaine noire comme des esclaves. Des décennies durant, ce grand parti, que dis-je, ce conglomérat de partis, d’associations et de syndicats a lutté avec toutes les armes possibles afin que le peuple noir d’Afrique du Sud recouvre sa dignité, sa liberté, redevienne souverain. L’ANC ne s’est pas battu seul, si je peux utiliser cette expression. Tous les pays de la Ligne de Front ont aidé ce conglomérat à se battre, en lui fournissant :

-    des armes de guerre ;

-    des documents de voyage aux cadres de l’ANC afin qu’ils puissent se déplacer car même pour avoir une CNI (Carte nationale d’identité) ou un passeport

-    de l’argent ;

-    des logements ;

-    des camps d’entraînement ;

-    Etc.

Les gouvernements successifs, tenus par des Européens à Pretoria, avec l’aide de leurs frères d’Europe et des Amériques (ce qui revient au même) ont fait la guerre à ces pays, leur ont fait vivre le martyre des décennies durant. Pourtant, de grands hommes comme Antonio Agostinho Ñeto et José Eduardo Dos Santos (Angola), Kenneth Kaunda (Zambie), Robert Mugabe (Zimbabwe), Samora Machel et Joaquim Chissano (Mozambique) ont vraiment lutté comme il pouvait, avec des moyens modestes en comparaison de ce dont disposaient les criminels de Pretoria. Eux, ils ne se posaient pas la question de savoir ce que ça allait leur rapporter un jour de priver leurs populations des maigres deniers publics dont ils disposaient dans leurs Trésors publics. Au contraire de gens comme Félix Houphouët-Boigny et Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Zabanga eux, ils ont combattu les ennemis de notre continent.

D’où vient-il alors que, moins de trente ans à peine après que Madiba Mandela ait été libéré de prison (1990) devant les cameras du monde entier et après la victoire éclatante de l’ANC (1994), par périodes plus ou moins cycliques, depuis quelques années, des Noirs en Afrique du Sud s’amusent à prendre pour cibles des RDCiens, des Zimbabwéens, des Nigerians etc. ?

On a vraiment l’impression que les contacts violents d’avec les Européens et les Arabes, il y a quelques siècles, lorsque ces derniers, plus ou moins alliés, ont envahi nos terres, ont provoqué des traumatismes énormes dans les crânes de chacun de nous à tel oint que :

-    nous passons notre temps à marquer des buts contre notre propre camp ;

-    que nous souffrons collectivement du syndrome de Stockholm ;

-    nous ne comprenons rien au sens de la marche de ce monde.

Pendant qu’en Europe, ils font tout pour que plus un seul Etat européen ne fasse la guerre à un autre Etat européen mais que, en même temps, on fabrique assez d’armes pour exporter et entretenir des conflits très meurtriers ailleurs, chez nous, les politicards dont le seul intérêt est de se remplir la panse jusqu’à ce qu’elle puisse exploser provoquent des conflits meurtriers entre Africains : l’Africain est pourvu d’une arme de guerre pour tuer un autre Africain. C’est ainsi que nous ne cessons de battre les records de rébellions t autres mutineries en tous genres. Quand ils ne livrent point ce genre d’armes, ils les laissent jouer du coup de poing envers les leurs. C’est ce qui se passe en Afrique du Sud.

J’insiste : l’ANC est pour moi le premier des coupables.

Il y a une facilité dans le domaine de la pensée (je ne sais même pas si le mot « pensée » est adaptée dans ce cas de figure), une grosse paresse intellectuelle qui poussent certains Africains (qui adorent le qualificatif d’« intellectuel » à mettre tous les maux de l’Afrique du Sud postapartheid sur le crâne du pauvre Madiba Mandela. A les en croire, dès qu’il y a un mort, même suite à un banal accident de la route, en Afrique du Sud, c’est parce que Mandela aurait pactisé avec les Blancs en leur cédant tout sur tout au point de renoncer à tous ses idéaux de jeunesse et d’années de longues luttes et de combats sanglants.

Je suis de ceux qui pensent, même si je ne suis pas gériatre que, quand on vient de passer plus de 27 ans en prison (1962-1990) et qu’on en sort à 72 ans, quand on a été torturé moralement et physiquement en prison, ayant été empêché d’aller enterrer son fils (décédé suite à un accident de circulation en 1969), sa maman etc., je ne vois pas comment un tel homme peut encore la force de continuer à lutter. En tout cas pas de la même façon que lorsqu’il avait 30 ans. C’est tout simplement impossible et, celles et ceux qui osent le comparer à Mugabe (encore au pouvoir, à 93 ans) font là une sortie de piste plus que dangereuse. 

Aussi, je pointe un doigt accusateur envers Thabo Mbeki et Jacob Zuma, sans oublier tous les autres cadres de l’ANC qui ont arraché pourtant e pouvoir de très haute lutte en 1994. Ce qu’ils ont tous fait est assimilable, à mon humble avis, à un gâchis dont les conséquences seront encore mesurées d’ici une vingtaine d’années (au moins), au train où vont les choses.

En 1994, même si Mandela est officiellement résident, il faut dire que c’est juste pour inaugurer les chrysanthèmes. Pourquoi ? D’une art, Mandela en sortant de prison n’est pas le président de l’ANC, il n’est donc pas le candidat naturel pour être la tête de liste du parti pour mener la bataille électorale. Pourtant, il sera désigné par ses camarades et il leur faudra batailler dur pour qu’il accepte. Il dira oui, mais à condition de ne faire qu’un seul mandat. Oui, Mandela était vrai hors du commun car après avoir tant et tout donné, il n’aspirait plus qu’à une chose : se reposer et profiter du peu de temps qui lui restait parmi nous. Point barre ! Il laissera l’essentiel du pouvoir, surtout économique à son vice-président, Thabo Mbeki qui était donc, en réalité, le patron du pays. Cet homme dirigera ensuite le pays en tant que président de 1999 (victoire électorale) à 2008 (année où ses camarades le mettent en minorité et le contraignent à démissionner).

Quand ça va très mal en Afrique du Sud avec ce genre de violences, pourquoi Mbeki n’est jamais convoqué ?

Zuma est maître des navires ANC et Afsud depuis 2009 et peut-être jusqu’en 2019. Lui non, on ne dit rien sur lui quand nos frères assassinent nos frères en Azanie.

C’est tout de même curieux.

Que sont devenus tous ces cadres de l’ANC qui, des années ont ris des armes pour combattre l’oppression blanche ? Où sont-ils, tous ceux qui ont étudié à la bougie, qui ont étudié en Angleterre pour gérer les choses mieux avec une vraie répartition de richesses ? Que disent toutes ces bonnes gens du fait que le pouvoir politique, s’il n’influe pas réellement sur le pouvoir économique afin que la majorité de la population en profite, ne sert et ne profite qu’à une infime minorité ?

En réalité, l’ANC est devenu un parti bourgeois, un parti de bourgeois. Le BEE (Black Economic Emporwement), cette excellente idée qui est une sorte de discrimination positive et qui consiste à favoriser l’embauche des Noirs, à leur transférer au fur et à mesure les leviers des entreprises commerciales hier détenu par les négriers est à saluer. Cependant, au bout de 23 ans d’exercice de pouvoir politique, il n’est pas bête de penser et de dire que c’est largement insuffisant et que de toutes les façons, les dirigeants de l’ANC (élus et réélus malgré tout avec des scores plus que confortables) sont complètement à côté de la plaque. Ce qu’ils gagnent comme argent aujourd’hui leur remplit tellement et la panse et la bouche qu’ils sont devenus inaudibles, passant leur temps à faire des borborygmes. Quand en 2012 34 mineurs à Marikana ont été assassinés par la Police suite à une grève, où étaient les cadres de l’ANC ? Durant son mandat, le président Mbeki, quand il parlait de Renaissance Africaine estimait que c’est par l’économie que les choses devraient se faire et, il passé son temps à appliquer des théories libérales comme si cela allait dans la droite ligne de ce que préconisait l’ANC avant d’arriver au pouvoir… Malgré le fait que des années durant, les gens lui aient dit qu’il faisait route, il s’est entêté. Celui qui lui a succédé, Zuma, ne fait pas mieux. Allié à des puissances d’argent, il nous montre que, finalement, toutes ces années de lutte n’étaient en fait qu’un prétexte pour remplacer les Blancs et jouer au Blanc sur le dos de ses propres frères nègres. Pire encore, c’est un véritable jouisseur qui ne cesse de confondre tous les jours argent public et argent privé. Venant d’un cacique africain ou européen classique (Jacques Chirac par exemple), cela n’étonnerait ni ne choquerait personne. Mais, quand on connait l’histoire de l’ANC, quand on sait que cet home, véritable autodidacte qui n’a appris à lire et à écrire qu’à 21 ans, alors qu’il était prisonnier, asse son temps devant les juges, se fait huer en plein Parlement sud-africain comme un maniangu*, il y a vraiment quelque chose qui ne tourne point rond en Azanie et il ne faut guère s’étonner que des gens (même s’ils sont peu nombreux, c’est tout de même grave !) s’en prenne au premier Noir venu, sous prétexte qu’il vienne d’ailleurs.

 

Combien de Noirs Sud-Africains ont été scolarisés depuis 1994 ? Combien d’entre eux ont pu franchir le seuil du deuxième cycle universitaire ?

 

En Afrique du Sud postapartheid, il y a eu une Commission vérité et réconciliation. Fort bien et on a envie d’applaudir. Cependant, avec le recul, il est évident de se rendre compte qu’il y a un élément fondamental qui a manqué et qui risquera de manquer très longtemps : c’est la partie réparation. En effet, comment peut-on rendre justice entre des victimes et des coupables quand il n’y a point de réparation ? C’est tout simplement une arnaque et il est consternant de voir que des années après, la partie réparation n’apparaisse dans l’agenda de personne.

 

Qu’avait-on promis aux pauvres nègres des townships (surtout) et des Bantustans durant les années de lutte anti-apartheid et durant la campagne électorale de 1990 ? Visiblement ces derniers ont donné leur vote pour pas grand-chose sinon pour des miettes dont ils ne veulent plus et, au lieu de s’en prendre à l’ANC qui, je le rappelle, n’a pas tout fait mal, ils sont persuadés que le boutiquier venu de Bangui, de Lagos etc. est le responsable de tous leurs maux : sida, pauvreté, misère, chômage etc.

 

Un peuple que l’on n’instruit pas ou que très peu, un peuple qui n’a pas de conscience historique ne peut que réagir de cette façon et rien, je dis bien rien ni personne ne pourra y changer grand-chose. Et, quand on y ajoute les déclarations irresponsables de Zuma, je crois vraiment que la coupe est plus que pleine et elle débordera encore prochainement. Quand ?

 

Dans un an, je ne sais pas. Dans cinq ans, je ne sais pas non plus mais je suis sûr d’une chose, tant que l’ANC qui a encore, peut-être, le pouvoir pour des années, ne se remettra pas en cause, ne reviendra pas sur ses fondamentaux, tant que la question de la réparation, ajoutée à celle de la redistribution des richesses ne sera pas remise sur la table, sur le tapis, sur la natte, au centre du village, on y trouvera toujours des Nègres pour casser du Nègre sous le prétexte qu’il serait « étranger ».

 

On ne peut construire un pays en demandant à une population (majoritaire, écrasante) qui a subi l’oppression des siècles durant, chez elle-même, de tendre la main, de sourire voire de rire toutes dents en récréation et de vivre en soi-disant parfaite harmonie avec ses bourreaux d’hier, des étrangers, des bourreaux qui ont encore les leviers, tous les pans de l’économie nationale. C’est une aberration dont seuls les Africains sont capables et nous, nous en sommes les témoins impuissants.

 

666 fois hélas !

 

 

 

Obambe GAKOSSO, March 2017, ©

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