Epurebere, adi ibo ya ndziya yo: le blog d'Obambé Mboundze Ngakosso

Kemet (l'Afrique), les Kamit (les Africains), leurs relations avec le reste du monde, les essais qui me frappent, etc., voilà les sujets de cet espace

13 octobre 2016

Même lors de nos obsèques, il y a de quoi sourire

Classé dans : Société — Obambé Mboundze GAKOSSO @ 18 h 58 min

Récemment, je suis allé assister à une levée de corps. Celui de la jeune dame dont je parlais récemment sur cet espace. Morte à l’âge de 33 ans, après avoir été malade, alors que les siens étaient persuadés que c’était l’ouvre d’un sorcier qui lui en voulait car son job, d’après eux et elles, lui permettaient de très bien gagner sa vie. C’est risible car je savais très bien qu’elle ne roulait pas sur l’or mais, bien au contraire, elle était obligée de se débrouiller par ailleurs pour avoir des fins de mois pas douloureuses.

faux-pasteur

En arrivant sur les lieux, j’apprendrai que le corbillard et le cercueil m’avaient précédé de quelques minutes à peine.

C’était très émouvant de voir les photos de cette jeune femme de 33 ans, partie vraiment trop tôt. J’aimais sa gentillesse et sa simplicité et franchement, un bon mois avant son décès, rien, mais vraiment rien ne laissait présager une telle fin. C’est dire que quand la maladie se décide à accélérer le processus de dégradation de nos cellules.

Que faire ?

C’est la vie.

J’ai souri à cette occasion car quand on cherche bien, il y a de quoi sourire. Il y avait en effet de la musique traditionnelle qui était jouée et dont le son nous parvenait via de gros baffles. Voir ces jeunes filles, ces mamans et ces grands-mères se trémousser aux rythmes de chez nous. Oui, contrairement à ce que l’on veut faire accroire, en Afrique, il y a des chants, qui nous viennent de la nuit des temps, pour que nous pensions à nos morts. Mieux que cela, quand le mort/la morte en connaissait un rayon, on joue, on chante ce que la défunte/le défunt aimait. Et moi qui crois très fort aux forces de l’esprit, je sais que nos morts, de là où ils se trouvent, sont heureux de voir ce genre de choses. Je ne dirai pas que leurs âmes reposent ainsi en paix, non, au contraire, leurs kas sont vivifiés et le voyage vers le pays des Ancêtres peut se dérouler comme on le rêve toutes et tous pour chacun de nous.

Les mamans et nos filles ont donc dansé, se sont remuées le popotin. Elles ont chanté et elles ont pleuré.

Cependant, avec les Africains, comme le pire est toujours plus que certain dans cette drôle de quête du modernisme et de modernité, bien souvent effrénée, il a fallu que nous cosaquions encore et encore.

Oui, un pasteur est arrivé pour raconter sa vie. Il s’est mis à parler de Jésus dit le Christ et, encore une fois, je me suis bêtement demandé quel lien il y avait avec l’événement qui nous réunissait ce jour. Il n’y avait donc plus de musique du tout et tout le monde était condamné à écouter les propos de cet homme. Je me suis demandé ce que pensait notre défunte à ce moment précis. Etait-elle heureuse de voir les gens s’arrêter de danser sur ces musiques qu’elle aime tant ?

Voilà ce que sont devenus les Africains. Des aliens. Des étrangers à eux-mêmes. Nous faisons de drôles d’amalgames quand il nous faut vivre des faits majeurs de nos existences (naissances, décès etc.) Nos traditions sont souvent reléguées au second plan, et ce sont celles des Hébreux qui sont mises en avant. Certains font même les choses mécaniquement, sans se poser de questions sur la foi de la personne qui est décédée. On se pose automatiquement ce genre de questions :

-          quel « homme de Dieu » va officier ; un pasteur ou un prêtre ?

-          quels chants religieux mettra-t-on ?

Malgré tout, je me dis que tout n’est pas vraiment perdu car le naturel finit par revenir, qu’on le chasse par la porte ou par le chas d’une aiguille. En effet, dès que monsieur le pasteur a terminé son propos difficilement audible pour un homme tel que moi, la musique traditionnelle fut remise et les mêmes qui venaient d’ânonner des Amen ! Amen ! et des Alléluia ! se remirent à danser comme seules elles savent le faire.

Voilà bien, malgré tout, le genre de choses qui nous permettent de garder un peu de sourire et beaucoup d’espoirs quant à notre devenir, ce qui inclut notre culture.

 

Obambe NGAKOSO, October 2016©

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