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28 juillet 2016

Ces financiers qui veulent sauver l’Afrique

Classé dans : Politique — Obambé Mboundze GAKOSSO @ 23 h 17 min

Il y a eu une conjonction de facteurs sur laquelle il sera intéressant d’écrire et d’écrire sans cesse pour que les Africains arrêtent de croire que c’est grâce à Mikhaïl Gorbatchev que nous avons eu droit au retour du multipartisme au cours de la décade 90. Et que les autres arrêtent de le dire et de l’écrire. Il n’y a pas que la Glasnost, la Perestroïka et la chute du mur de Berlin. Il y a aussi toutes les luttes syndicales, les luttes politiques menées de l’intérieur du continent, comme de l’extérieur, par des Africains qui, a priori, s’opposaient aux potentats africains d’antan. lz

Les Occidentaux ayant souvent des coups d’avance sur nous, depuis qu’ils nous ont vaincus (spirituellement et militairement). Ils avaient déjà prévu qu’un jour, les présidences à vie qu’ils avaient fabriquées de toutes pièces allaient prendre fin. Ils savaient que leurs dictateurs chéris qu’ils installaient par la force avec des Blancs à peau noire, un jour, allaient être contraints et forcés de céder les si charmants fauteuils présidentiels qu’ils adorent tant. C’est ainsi que profitant de la magnifique aubaine que constituait alors ces changements, ils nous fourgués une sorte de vieille camelote appelés tantôt banquiers, tantôt financiers, parfois économistes. Quelques Etats africains ont eu droit alors à ces prétendus cracks qui, tel Jésus, n’allaient pas multiplier les pains mais donner du manioc du soir au matin à chaque Africain, un emploi à chaque Africaine. Sans oublier de garnir leurs comptes en banque en permanence. Alassane Dramane Ouattara apparaîtra ainsi dans une Côte d’Ivoire où l’on vit en effet que le miracle ivoirien n’était en fait qu’un mirage. Au bout de trois de primature, il voudra profiter de la mort de celui qui l’avait fait prince, Félix Houphouët-Boigny pour tenter un coup de force et devenir calife à la lace du calife. En vain. Il aura tout de même le temps de procéder à des privatisations sauvages, au nom du fameux libéralisme économique. Malgré un putsch réussi en 1999, il ne pourra se présenter à la présidentielle ivoirienne de 2000. Fidèle à sa logique de faire parler la force et les armes de guerre, il tente un nouveau putsch en 2002, qui échouera seulement en partie. C’est en 2011 qu’il peut (enfin !) s’asseoir dans le fauteuil présidentiel pour qu’on l’appelle enfin, « président de la République ».Les Ivoiriens peuvent mesurer au quotidien les bienfaits que ce « brillant financier », ex haut cadre du FMI (Fonds de la misère instantanée).

 

Au Bénin, c’est Nicéphore Soglo qui dirigera la transition puis se fera élire président de la République pour un mandat de cinq ans avant d’être battu par le même homme qu’il avait battu cinq ans auparavant, à savoir Matheu Kérékou. Il tentera de revenir en 2001, au pouvoir : en vain. En 2006, la disposition de la limite d’âge l’empêchera de se présenter à la présidentielle.

 

Au Congo, c’est André Milongo, venu de la Banque mondiale qui aura les faveurs des conférenciers en 1991 et se fera élire Premier ministre, chef du gouvernement de transition. Si cette transition avait été fixée à 12 mois, elle durera en fait 14 mois car Milongo et ses collaborateurs se rendront bien vite compte que la tâche était plus qu’immense. Contrairement à son aîné Soglo, Milongo n’aura pas le bonheur de gagner la présidentielle, se faisant même éliminer dès le premier tour en terminant à la quatrième place.

 

Au Gabon, c’est un certain Casimir Oyé Mba, ancien gouverneur de la BEAC (Banque des Etats de l’Afrique centrale), soit un homme par excellence du système inique du nazisme monétaire par le biais du franc CFA, qui héritera du poste de Premier ministre. Il servira plus tard très fidèlement Omar Bongo (qui deviendra Omar Bongo Ondimba). A la mort de celui qui aura incarné parmi les meilleurs le système françafricain, il deviendra opposant au régime, le même qu’il aura servi des années durant.

 

Pour revenir au Bénin, un homme a crevé l’écran en 2006 en se faisant élire de façon spectaculaire à la présidence avec le quasi-soviétique score de 75%. C’est Thomas Boni Yayi, fraîchement sorti de la BOAD, docteur n économie. Il fera deux mandats de cinq ans au bout desquels les Béninois auront tellement marre de lui qu’ils ne voudront pas du candidat qu’il leur proposera, voire même qu’il leur imposera. Ce candidat est Lionel Zinsou, un autre as de la finance, une autre sorte de crack de la haute finance qui, sans la moindre assise politique en Afrique, sans jamais y avoir milité une seule a voulu diriger le Bénin.

 

Quand on parle de la financiarisation du monde, ce n’est pas une vaine expression. Je me souviens qu’entre deux réunions de travail en région parisienne avec un ingénieur en sécurité informatique, qui avait quand même 25 ans d’expérience dans ses poches. Il était désabusé car il se plaignait du fait que les financiers avaient pris le pouvoir au sein des entreprises high-tech. Les techniciens et autres ingénieurs, les mieux qualifiés pour parler de tous les produits qu’ils conçoivent, élaborent et fabriquent sont relégués au second plan. Voire même au troisième plan.

 

Hélas ! force est de reconnaître que dans mille et un domaines, les financiers font la loi et nous imposent cette fameuse logique du marché. Le marché dicte tout, décide de tout, surtout quand il n’y connait rien. Comment peut-on continuer à faire confiance à des gens qui ont mis le souk dans le monde entier avec cette fameuse crise financière de 2008 qui, plus de huit ns après, continue à nous en faire voir de toutes les couleurs.

 

Les Africains, aussi incroyable que cela puisse paraître, continuent à croire que ces marchands d’illusions (peut-être compétents en Occident, je n’en sais rien) peuvent les faire sortir de la mouise ?

 

Zinsou est arrivé au Bénin, tel quasiment une sorte de moderne Tintin au Dahomey et a voulu jouer aux gouverneurs des temps modernes, dans une colonie qui lui était acquise, croyait-il en tout cas. C’est ce qu’on a dû lui dire à Paris et c’est aussi ce qu’a dû lui dire Thomas Boni Yayi, président sortant, qui voulait peut-être se venger de ces Béninois qui ne cessaient de crier urbi et orbi qu’il fallait absolument respecter la loi des lois, la Constitution, notamment en son article stipulant que le nombre de mandats était limité à deux. Point.

 

Zinsou, diplômé de hautes écoles françaises, ce pays qui donne des leçons à la terre entière sauf à lui-même, est arrivé au Bénin et a pris le bien public pour le mettre au service de sa campagne électorale. C’est tout de même choquant qu’on en soit encore à rappeler cela, au vingt-et-unième siècle. L’hélicoptère dans lequel il s’est crashé et où il a eu un bras cassé, appartenait à l’Etat béninois, alors qu’il l’utilisait à des fins privées : remboursera-t-il cela un jour ? Il a pris des voitures de l’Etat pour battre campagne : c’est ce qu’on lui a appris à l’ENS (Ecole nationale supérieure) ? Quand on voit ce genre de comportements, on comprend pourquoi les élites françaises en général détestent et la Suède et le Suédois. Et Zinsou, quoi qu’il dise, fait partie de ces élites. En France, les périodes de précampagne et de campagne électorales sont des moments de franche rigolade, au lieu d’être des moments de réflexion sur les enjeux réels et rassemblant le plus grand monde. Une des choses qui fait le plus rire (autant que cela choque), c’est le parachutage de candidats par les grands partis. Par parachutage on entend l’intronisation dans une circonscription d’un (e) candidat (e) qui dans ladite circonscription n’est connu par personne d’autre, en dehors peut-être d’un ou de deux camarades de son parti, membre de la section locale.  

 

Les journaux s’accaparent de la chose, les radios et les télévisions, quand elles ne sont pas trop partisanes, en font aussi des gorges chaudes. Zinsou a pu mesurer à quel point sa candidature n’est pas passée, alors là, pas du tout, au sein même des Forces cauries pour un Bénin émergent (FCBE). Quand on voit que des cadres qui ont servi très fidèlement, des années durant, le président Thomas Boni Yayi ont claqué la porte, ne supportant pas l’affront qui leur a été fait, par l’imposition de cet homme qui une heure avant, parlait chiffres et vantait les bienfaits de la « relation privilégiée entre la France et ses partenaires africains »…

 

Depuis qu’il a raté le chemin menant vers le palais de la Marina, j’i l’impression qu’il ne parle qu’aux media français : un aveu ? Je l’ai écouté il y a quelques mois sur Rfi et je viens de le suivre sur FranceCulture. Apparemment, cet homme ne comprend pas ce qui s’est passé. Le fait de s’en prendre à Nicéphore Soglo est symptomatique du fait que cet homme est tout sauf Africain : il n’a dans son esprit, dans son âme, dans sa tête que la France et, sincèrement, même si je ne crois pas que le président Patrice Talon sera celui qui fera du Bénin un pays debout et libre, je ne sais pas à quelle sauce Zinsou et la France auraient mangé le Bénin. La France dirige le Bénin à travers Patrice Talon, c’est un fait, mais avec Zinsou, en ce moment, le Bénin serait peut-être vendu aux enchères.

 

L’Occident est championne du monde pour la vente du vent. Cela fait bientôt trois décennies qu’on ne cesse de nous vendre des « banquiers », des « financiers » et j’en passe.

 

Que les Africains se réveillent et cessent de croire que des gens qui ont passé des décennies dans les hautes sphères de la finance mondiale, dans les organisations onusiennes peuvent les aider à s’en sortir. Ce ne sont pas ceux qui créent les problèmes qui sont les mieux à même de les résoudre, sinon, il y a fort longtemps que les prisons du monde entier seraient vides et leurs occupants seraient les locataires de nos palais présidentiels.

 

L’Afrique a besoin de patriotes. Qu’on les appelle sous d’autres cieux « mulâtres », « métis », « chabins » et que sais-je encore, ils sont fils de ce continent qui leur tend ses bras pour l’aider à se relever. Qu’ils naissent sur le continent, au sein de la diaspora (Garvey est sans doute le plus emblématique de cette catégorie), l’Afrique les attend. Mais des gens formatés pour nourrir des fonds de pensions, des Huge Funds, des Banque de financements et d’investissements (BFI), ces établissements qui s’amusent avec l’argent de la plèbe sur les fameux marchés, etc., ça, non, l’Occident peut les garder et quand ils seront trop vieux, leur argent s’occuper d’eux, quitte même à leur changer leurs langes.

 

Pour diriger un pays, il y a un minimum de connaissances qu’il faut avoir de ce pays, dans ce pays. Quand on voit comment Zinsou et ses amis ont passé du temps, avec les moyens des Béninois pour tenter d’expliquer aux Africains que le champion des champions, Zinsou était bel et bien Béninois, c’est assez symptomatique de la chose: ils n’y croyaient pas eux-mêmes. La défaite était déjà consommée dès le départ, avant même que le coup de feu donnant le départ de la course ne soit tiré. .

 

Obambe NGAKOSO, July 2016©  

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