Epurebere, adi ibo ya ndziya yo: le blog d'Obambé Mboundze Ngakosso

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4 juin 2016

George Gullit, Pelé, Muhammad Ali et Ruud Gullit

Classé dans : Décès — Obambé Mboundze GAKOSSO @ 21 h 07 min

Ce temps est lointain.

Il semble loin ce moment où les billets de banque avaient une espérance de vie extrêmement limitée dans mes poches. Pourquoi ? Parce que les journaux, mes magazines de foot, les BD et autres ouvrages, dès que j’en voyais, j’en achetais.

Je souffre d’une mémoire extrêmement défaillante. Donnez-moi un balai. Je balaie (un tout petit peu) et cinq minutes après, j’aurai le plus grand mal à vous dire où il se trouve. C’est dire…

Ali

En apprenant la mort de celui qui était né Cassius Marcelius Clay, le 17 janvier 1942 à Louisville dans le Kentucky, dans l’Est des USA, devenu musulman en 1964, plein de choses me sont revenues en mémoire. Plein.

La boxe, ont dit les Occidentaux, c’est le noble art. le style de boxe pratiqué par Muhammad Ali est la boxe anglaise. On est loin, très loin du football qui, si, par définition est un sport collectif, est le sport le plus individualiste qui soit. Football et boxe ? Boxe et football ? Oui, le départ de Muhammad Ali vers Longà m’a renvoyé vers le football. Plus précisément vers Ruud Gullit. Pour être précis, c’est plutôt vers George Gullit, père du précédent.

Cet homme, né au Surinam (enclos colonial néerlandais situé en Amérique du Sud) émigrera aux Pays-Bas où son fils Ruud Dil Gullit verra le jour un premier septembre 1962. Le père évoluera comme professeur d’économie alors que le fils sera un des plus grands footballeurs que les Pays-Bas auront connu. Ses deuxième et troisième clubs aux Pays-Bas sont le Feyenoord Rotterdam puis le PSV Eindhoven (les deux plus grands rivaux de l’Ajax, club de sa ville natale Amsterdam), il deviendra capitaine des Oranje, la sélection néerlandaise. Footballeur de talent, il décroche le ballon d’or européen* en 1987 avant de donner à sa sélection son premier et unique titre à ce jour, le championnat d’Europe des nations en 1988 en Allemagne, ennemi juré depuis la guerre eurasiatique de 1939-1945. Je n’oublierai jamais son coup de boule rageur lors de la finale face à l’URSS, ultra favorite, après un Euro de brio, au cours duquel d’ailleurs, dans leur premier match de foule, les Soviets avaient dominé les… Oranje.

George Gullit

George Gullit

J’adorai ce formidable footballeur, le considérant comme un des lointains successeurs de Pelé, le Roi, que je considérais alors non pas comme le plus grand footballeur de tous les temps, mais tout simplement comme le plus grand sportif que le monde ait jamais connu. Quelle ne fut pas ma surprise de lire un article dans lequel il était écrit que George Gullit avait demandé à son fils de ne jamais serrer la main d’Edson Arantes Do Nascimento, dit Pelé.

Pourquoi ?

Parce que ce dernier avait toujours été silencieux face au combat de Madiba Mandela et de tous les siens en Afrique du Sud. Surtout pour cela, sans parler du reste. Ma vision des choses sur Pelé, le football, le sport, la notoriété etc. avait alors commencé à changer d’angle. Oui, ma grille de lecture se mit alors à changer.

Le temps me l’a rappelé.

La vie me l’a appris partout où je suis passé, notamment au Maroc, en Europe. Nègre je suis, Nègre je resterai. Comment demeurer insensible aux problèmes des Nègres. George Gullit, né dans un territoire colonisé, descendant de déportés, avait conscience de ce qu’était être un Noir. Il savait que ce n’était par l’opération d’un quelconque esprit supposé saint. Il avait très bien que ses Ancêtres avaient été arrachés de force par des Occidentaux pour être vendus comme des bêtes de somme dans le monde dit nouveau. Il savait que, bien que l’esclavage soit officiellement aboli au Suriname notamment (en 1863), la réalité du quotidien est loin d’être ce qui est professé dans certains textes (Déclaration universelle des droits de l’homme par exemple), dans les beaux salons occidentaux (cas des réunions onusiennes notamment). Le Nègre, en ce temps-là, même si dans le reste du monde, ne subit pas au quotidien les mêmes strictes réalités que ses frères et sœurs d’Afrique du Sud (nous sommes en plein apartheid, officiellement et dans les faits), il demeure le lumpenprolétariat du monde. Les USA sont sans cesse le théâtre où les Nègres continuent à se battre pour avoir les mêmes droits que les Blancs. Au Brésil, même si les stars du foot sont des Nègres (Pelé, Didi, Vava etc.), les Nègres sont les derniers de cet Etat, géant d’Amérique. C’est pourquoi il ne comprend pas que Pelé, placé par ses efforts, par son immense talent, sur le toit du monde un soir de 1958 lorsqu’à 17 ans à peine, il terrassa la Suède, du haut de son mètre soixante-neuf, avec un jeu de tête notamment qui ne se démentira jamais le long de sa carrière, il ne comprendra donc jamais pourquoi cet homme n’utilisera pas sa notoriété pour dire un mot, pour poser des actions concrètes afin que la cause des siens, à travers le monde, soit boostée.

Le Roi Pelé

Le Roi Pelé

George Gullit a façonné la conscience politique de son fils et mon cheminement a fini par me faire comprendre que le plus grand sportif de tous les temps, ce n’est pas Pelé, mais bel et bien Muhammad Ali car je ne connais pas, il n’existe pas à ma connaissance un seul sportif qui ait pris des positions comme les siennes.

J’ai du mal à séparer les personnes publiques de ce qu’elles font de ce qu’ils sont. Je ne peux réduire Pelé au footballeur comme je ne réduirai jamais Ali au boxeur. Ces deux hommes ont agi dans leurs sports, ils se sont aussi comportés comme des hommes présents dans leurs sociétés mais chacun à sa façon. Quand Ali dit aux officiels américains qu’il est hors de question pour lui d’aller combattre au Vietnam parce que de sa vie jamais un Vietcong ne l’avait traité de sale négro, il faut être particulièrement soit tordu, soit raciste pour s’en prendre à lui. C’est pourtant ce que fera l’administration US jusqu’à le sanctionner très sévèrement.

Il aurait pu se contenter de sa très belle position de star dans un sport où les Blancs étaient alors majoritaires (sur les rings, dans les tribunes, parmi les promoteurs etc.) et lui le plus grand. Il aurait pu se contenter des bourses gagnées à l’issue de chaque combat, lui qui ne cessait d’envoyer ses adversaires au tapis avant la limite. Il aurait pu se contenter de toutes ces belles femmes et belles filles qui lui couraient après, rêvant parfois juste de se contenter d’une touffe de sa crinière.

Non, il s’est levé et l’a ouverte non pas seulement pour impressionner adversaires et faire monter la sauce en faisant plaisir au public, avant chaque combat. Non, il l’a aussi ouverte pour les siens, afin qu’aux USA, le Nègre ne soit plus la serpillère de n’importe qui.

Jack Johnson (31/03/1878-10/06/1946), un de ses aînés et devanciers dans le domaine et du sport et de la boxe, le disait à qui voulait bien lui poser la question. Il répétait sans cesse qu’il prenait sa part. Les problèmes des Nègres aux USA ? Peu lui importait. Il était bien, dans son monde. Il avait l’argent, les filles, la gloire et la célébrité : pourquoi alors se soucier du reste ?

Ruud Gullit

Ruud Gullit

Des stars de la musique comme Ray Charles, The Genius (23/09/1930-10/07/2004) et James Brown, The King of soul (03/05/1933-25/12/2006) ont mis longtemps avant de prendre conscience que le système esclavagiste profitait de leurs voix et autres talents pour se faire un fric monstre, tout en les considérant encore et encore comme des hommes de catégorie inférieure.

Arrêtons-nous à ce propos :

Je suis un Noir, je suis l’homme le plus fort du monde, je ne crois pas à l’intégration forcée. Et pourquoi les Noirs n’auraient-ils pas le droit de dire qu’ils sont les plus grands et les plus forts et les plus beaux ! Les Blancs, eux, l’affirment tous les jours. En Amérique, tout est blanc. Le Président est blanc, l’administrateur est blanc, Tarzan est blanc, Superman aussi, la voix céleste est blanche et les femmes se marient en blanc. Pourtant, en Amérique, 10% des hommes sont noirs. Ils font la gloire des Etas-Unis en sport, en musique, dans le chant, dans la danse. A quoi cela sert-il puisqu’aucun Noir n’a de responsabilité dans les rouages de la nation ? On n’a pas à s’excuser d’être noir, on n’a pas à avoir l’air conciliant, on n’a pas à demander pitié aux Blancs. Au contraire, il faut revendiquer sa condition d’homme noir.

Que dire de plus ?

C’est pour cela aussi qu’il était The Greatest.

Adulé, respecté malgré ses excès, cet homme a permis à des millions de Noirs (des dizaines de millions ? des centaines de millions ? je ne sais pas) de ne plus courber l’échine. De marcher droit et de ne plus jamais raser les murs.

Plus jamais.

C’est sans doute ce que je retiens le plus de lui, au-delà du sportif hors-pair qu’il.

C’était un homme debout.

Merci à George Gullit.

Merci à Ruud Gullit.

Merci surtout à Muhammad Ali à qui je souhaite un bon voyage à Longà. Que son ka soit vivifié.

 

Obambe NGAKOSO, May 2016©

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