« Les Russes sont comme les Bantus »
Hier soir j’ai bien rigolé et souri en échangeant avec un jeune frère qui a fait une bonne partie de ses de ses études supérieures en Russie.
Jamais il n’avait eu l’occasion de me relater son expérience au pays d’Hannibal et de Pouchkine, deux hommes chers au cœur des Russes et des Africains.
J’ai souri en l’entendant parler d’un jeune russe dont l’allure montrait bien qu’il était du côté des nationalistes qui faisaient la chasse et la guerre aux étrangers (dont nous aussi, pauvres Nègres). Ce jeune homme avait débarqué dans le restaurant où travaillait mon interlocuteur d’hier soir et, au bout de quelques jours, il dira, C’est curieux, mais vous n’êtes pas comme on me dit souvent. Ici, « on », ce sont les politiciens qui ont choisi la voie du nationalisme et qui tous les jours expliquent aux Russes que la crise économique et leurs souffrances sont dues à ces étrangers qui d’ailleurs ne peuvent être que mauvais puisqu’ils sont étrangers.
J’ai souri car ces discours sont plus que largement connus. Largement. Qui n’a jamais entendu cela quand, même en se retrouvant chez un oncle, on est accusé de faire diminuer les parts des repas des « ayants droits légitimes »… ?
J’ai rigolé quand il m’a expliqué que les nouveaux riches, appelés parfois oligarques lui donnaient des pourboires de 500 $ US alors que sa paie mensuelle était de… 500 $ US ! « Les Français eux, sortaient chaque fois leurs calculettes avant de payer quoi que ce soit et, pour les pourboires, on pouvait rêver… » Un aîné qui a fait la Russie (et même l’URSS) de m’expliquer ce phénomène par le fait qu’en leur temps, les Noirs (de chez nous car il y a aussi les Noirs du Caucase, selon les Russes), étaient respectés et estimés vu qu’ils avaient un bon niveau de vie, faisaient leurs études et rentraient chez eux sans laisser de casseroles.
Il y a des choses qui restent en effet.
Par contre, j’ai été abasourdi quand le frère m’a dit que les Russes sont comme les Bantu, comme les Noirs (je reprends texto ses mots). Il avait pris le temps de les connaître, d’aller dans leur famille et en huit ans de présence et de vie en leur sein, sa conclusion est implacable : il y a vraiment retrouvé les valeurs cardinales qu’il a connues dans sa famille, de son enfance à son adolescence, jusqu’à ce qu’il y aille pour faire des études qu’il ne pouvait faire au Congo (faute de structures adéquates). N’eût-été la violence de ces mêmes nationalistes envers les Noirs, il y serait sans doute resté jusqu’au jour où il aurait décidé de rentrer à Kama.
Ces propos seront étayés par cet aîné que j’aurai au téléphone et qui me dira, Quand tu arrives chez un Russe, s’il lui reste un dernier morceau de pain, il prendra son temps pour le sortir et te l’offrir. Il est hors de question que tu partes de chez lui sans avoir mangé quoi que ce soit.
Regardez les medias occidentaux : vous montre-t-on un peuple très spirituel ? Non. On vous montre des gens qui sont ravagés par l’alcool au quotidien comme si la Russie se limitait à cela. Vous montre-t-on toute cette chaleur humaine que j’ai ressentie dans ces deux témoignages* ? Non, on veut vous donner l’impression d’un pays dirigé par des fous qui n’ont qu’une seule envie, celle de faire la guerre partout alors que c’est l’Occident qui passe son temps à provoquer le maximum de guerres à travers le monde. On me parlera de l’invasion de l’Afghanistan et je répondrai comme d’habitude que c’était l’URSS et non pas la Russie et, même si tel était le cas, comparée aux guerres et aux dégâts provoqués par le monde dit libre…
Il est dommage que nous, limités à la connaissance de langues coloniales (dont moi), n’ayons pas la possibilité d’accéder aux media russophones pour avoir un autre son de cloche. De toutes les façons, ma religion est faite à ce niveau : je crois quasi systématiquement le contraire de ce que dit la doxa occidentale sur la Russie. Ces gens ne vous parleront jamais de l’attachement atavique et des liens multiséculaires existant entre Ukrainiens et Russes. Je transposerai la chose en faisant le lien entre des Congolais et des Camerounais ou des Togolais et des Béninois** : qui peut décemment croire qu’il y a une différence entre eux ?
Je vois certains adeptes du noirisme et des françafricains (qui aiment plus la France que leurs mères, filles, épouses, grands-mères, petites-filles et arrière-grands-mères réunies) former un bouclier contre moi et dire que je me convertis en abandonnant mon Panafricanisme pour devenir une sorte d’agent plus ou moins actif de l’Eternelle Russie. Je vais sourire comme d’habitude en pensant à cette belle parole qui dit que quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt (et je vous rassure, je ne me prends pas pour un sage, pour autant et je ne le serai d’ailleurs jamais).
Je ne vous vends pas une Russie si belle et si parfaite qu’elle serait la solution à nos problèmes. Je sais. A force d’avoir été christianisés et islamisés, les Noirs sont devenus des experts dans l’attente de messies de toutes sortes qui les sauveront de leurs « dictateurs », et autres calamités. Non. Que nenni. Foin de tout cela.
J‘ai appris hier tellement de choses sur leur spiritualité qui m’ont fait penser à ce qui se fait chez nous que je me dis qu’il me faut recharger mes batteries en termes d’apprentissage. Vraiment!
Je vous souhaite simplement un bon dimanche et n’oubliez pas que chaque jour est une vie. N’oubliez pas que nous sommes dans le Kwanzaa.
Obambe NGAKOSO, December 2014©
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*: J’en avais déjà entendus, mais il fort longtemps et ça s’était dilué en fait dans ma case mémoire. Mes deux interlocuteurs m’ont cependant invité à demander à autrui qui a fait la Russie pour corroborer ou pas leurs dires
**: J’aurais bien pris toutes l’Afrique dite Noire, mais je me limite à ces exemples, délibérément, pour nos frères qui croient que l’Unité culturelle de l’Afrique noire est une lubie d’hommes et de femmes qui s’ennuient et qui voudraient que l’on parle d’eux, ne serait-ce qu’un quart d’heure







