Epurebere, adi ibo ya ndziya yo: le blog d'Obambé Mboundze Ngakosso

Kemet (l'Afrique), les Kamit (les Africains), leurs relations avec le reste du monde, les essais qui me frappent, etc., voilà les sujets de cet espace

29 avril 2014

Micro-États, proto-nations: à quoi rime cet entêtement?

Classé dans : Politique africaine — Obambé Mboundze GAKOSSO @ 0 h 14 min

Le nom de Manuel Sérifo Nhamadjo n’est pas des plus connus sur la scène politique africaine. Pourtant, cet homme, né le 25 mars 1958 à Bissau, capitale de ce territoire, en est le président par intérim depuis le 11 mai 2012, après avoir refusé cette charge une première fois le 20 avril 2012.

Comme souvent, dès qu’on parle d’un pays africain hors de notre continent, c’est pour évoquer des guerres, des rébellions et autres putschs. Et, les Africains, suivant que la langue officielle de leur pays est le français ou l’anglais, par paresse intellectuelle, ne s’intéressent en général qu’à ce qui se passe dans une sphère linguistique qu’ils considèrent comme la leur, anglophone ou francophone.

La Guinée-Bissau.

NAMHADJO

Voilà un pays cher au cœur et à la chair de l’un des plus grands leaders Panafricanistes que nous ayons connus au vingtième siècle, Amilcar Lopes Cabral (1924-1973). Ce dernier, on ne le dit pas assez, est né d’un père Cap-Verdien et d’une mère Bissau-guinéenne. Cabral a lié la théorie à la pratique. Il a été sur le terrain, formant des femmes et des hommes aux métiers de la terre (il fut ingénieur agronome, formé à Lisboa, où il vécut jusqu’en 1952). Il apprit à ses femmes et à ses hommes en plus, le socialisme et le maniement des armes. Voilà entre autres le lourd et formidable héritage que cet homme, tué à Conakry, nous a légué.

Si le Cap-Vert semble beaucoup mieux tirer son épingle du jeu, sur le plan économique et politique, à Bissau, c’est la catastrophe depuis des décennies. Ce pays va de putschs en putschs et son économie est plus qu’exsangue ! Depuis 1990, année ayant suivi la chute du Mur de Berlin aucun président ni Premier ministre n’est allé au terme de son mandat, dans cette contrée. Certains chiffres peuvent faire rêver : ce territoire fait 36.000 kilomètres carrés (la Belgique en fait 30.528 kilomètres carrés) pour même pas 1.500.000 habitants… Les Belges eux, sont  plus de 11.000.000. Soit un rapport de un à plus de sept. Pourtant, au mois de septembre 2014 dernier, le président intérimaire de cet enclos colonial a lancé un appel à cette escroquerie appelée pompeusement « Communauté internationale ». Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Jeune Afrique (mars 2014, n°2775), il a dit sans la moindre vergogne : « Nous avons toujours été dépendants de l’appui budgétaire international, nous avons donc ressenti de manière aiguës les sanctions adoptées contre notre pays au lendemain du putsch. Nos ressources internes ne nous permettent pas de répondre à nos propres besoins. Qu’il s’agisse de la fourniture en électricité, de l’éducation, des salaires des fonctionnaires… nous sommes asphyxiés. »

Contentons-nous de ces mots et phrases qui en soit déjà sont extrêmement graves et devraient pousser tous les Bissau-guinéens et tous les Africains à des réflexions bien plus approfondies sur la viabilité de nos micro-États, hérités soit de la berlinisation de notre continent, soit de la colonisation d’après- la Guerre dite mondiale de 1939-1945. Combien sont réellement viables ? Combien de ces États lilliputiens peuvent vraiment tenir le coup, alors que nous avons les réponses tous les jours sous nos yeux. Ne crions pas haro sur la pauvre Guinée Bissau. Ils sont nombreux ces pays qui, sur le continent, pour boucler leurs budgets, attendent le doigt sur la couture du pantalon que les pays prétendument riches volent à leur secours, quand bien même ces mêmes pays pillent nos ressources minières et agricoles tous les jours (en général)  et/ou prétendent gérer notre argent (Cf. le compte des opérations au sein du Trésor public français avec le franc CFA de 14 de nos enclos coloniaux) alors qu’en réalité, c’est notre sève qui alimente les nervures de ces pays.

En 2013, on pouvait lire notamment « Madagascar – La France verse 2,7 millions d’€ pour l’alimentation de Madagascar ». Quand pour ce nourrir, on est obligé de faire appel à « l’aide » d’une puissance prétendument ex-coloniale, en quoi est-on réellement viable ?

Entre 2006 et 2008, « l’aide française » envers le Burkina Faso a été évaluée à 167 millions d’€. Or, le Burkina Faso, en vertu des « accords de coopération » avec cette même France, se doit de déposer chaque année, au minimum 65% de ses avoirs en France. Allez-y comprendre…

Tout le monde salue les « performances extraordinaires » du Ruanda, en omettant le pillage dans le Nord-Est de la RDC et aussi le fait que ce pays a besoin de « l’aide internationale » chaque année pour boucler son budget. Ce n’est pas pour rien que le président Paul Kagame a promis que son pays se passerait dans un horizon assez proche, de cette « aide ».

On pourrait multiplier ainsi les exemples et d’ailleurs, il n’est qu’à voir comment certains de nos monarques ont quasiment pris abonnement avec leurs avions et les grandes villes occidentales où on les voit chaque semaine, comme s’il n’y avait pas de villes en Afrique à visiter.

On ne saurait rappeler à nos compatriotes cet impératif Panafricaniste qui urge de la plus belle des manières : hors de ce schéma, l’Afrique est perdue.

Sans l’Union, sans l’Unité politique, on n’avancera que de quelques microns, et d’autres s’enfoncent de plus belle. Le cas de la Guinée Bissau que nous venons de voir en est une des meilleures illustrations : pourquoi avec les mêmes hommes, ce système devrait-il changer dans 20 ans ? Il n’y a aucune raison et personne ne pourrait y croire.

Dans des enclos coloniaux comme le Congo rive droite, le Congo rive gauche, le Bénin et le Burkina Faso, pour ne citer que ces 4 cas, ce qui intéresse les formations au pouvoir c’est la modification de la Constitution afin que le suzerain en place rempile pour 10 à 14 ans de plus. Les oppositions elles passent leur temps à danser sur une musique toute neuve dont la chanson phare est « Touche pas à ma Constitution ». Les questions de souveraineté sont quant à elles reléguées même pas au second plan, ni au troisième ni même au quatrième : elles ne sont tout simplement pas abordées car sur ce point au moins, pouvoir et opposition ont la même religion. Seules les prébendes les intéressent. La preuve est ainsi faite que celles et ceux qui veulent s’assoir  dans les fauteuils occupés aujourd’hui  par Denis Sassou Nguesso, Blaise Compaoré, Boni Yayi et Joseph Kabila Kabange feront à très peu de choses près la même chose, sinon pire.

En 2010, quand la RDC lançait les festivités pour célébrer les pseudos 50 ans d’indépendance (pourquoi ?), le gouvernement avait demandé aux sociétés étrangères exploitant son sous-sol de verser une sorte de taxe, impôt ou contribution spécial rien que pour cela. Mesure-t-on le ridicule de ce genre de décisions ?

Mesure-t-on assez le ridicule dans lequel nous sommes plongés à nous gargariser de nos petits milliers ou centaines de milliers de kilomètres carrés alors qu’en réalité, nous ne vivons pas mais vivotons en réalité ?

Le futur, l’avenir de notre continent sera Panafricaniste ou ne sera pas. j’aime bien la confidence de cet Africain qui n’est plus tout jeune qui, s’adressant à un de ses compatriotes, il y a 5 ans, lui a dit « Mon cher, tout ce que nous faisons est une perte de temps.  Si nous n’allons pas vers les États-Unis d’Afrique, nous sommes morts et nous serons pires que Ayiti, dans quelques années ! » Celui qui parlait ainsi occupe un poste très important au sein d’une organisation sous-régionale de Kama. Il n’est plus tout jeune et a derrière lui une longue, très longue carrière avec des responsabilités très élevées.

Que celui qui veut comprendre…

 

Obambe GAKOSSO, April 2014©

 

 

 

 

Laisser un commentaire

 

Posedepierre |
Sylvie Marcotte - Mon CV |
Blogtech |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Liumx91
| Ecrirelemonde
| Plaisirsdelavie