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25 septembre 2013

Nous avons (nous aussi) le droit de nous tromper, mais (plus encore) le devoir de faire par nous-mêmes

Classé dans : Politique — Obambé Mboundze GAKOSSO @ 9 h 39 min

Quand les Africains partiellement francophones parlent des rapports entre nos enclos coloniaux (Sénégal, Burkina Faso, Togo, Congo etc.) et la France, les noms des présidents français le plus souvent évoqués sont ceux de Charles de Gaulle (deux fois président, dont la dernière de 1959 à 1969), Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981), François Mitterrand (1981-1995) et Jacques Chirac (1995-2002).

Nous avons (nous aussi) le droit de nous tromper, mais (plus encore) le devoir de faire par nous-mêmes dans Politique cad-186x300Le nom de Nicolas Sarkozy (2007-2012) est aussi évoqué, de temps en temps, mais en comparaison avec les autres, il serait bon d’attendre un peu avant d’y revenir, dans le contexte que j’évoque aujourd’hui.

Lorsque, en 1962, De Gualle songe à nommer un nouveau Premier ministre, il exige que l’homme sache écrire le français. Ce qui peut paraître risible ne l’est pas vraiment car cet homme qui aimait les belles lettres (sur la forme ses textes sont de qualité) accordait une vraie importance à sa langue maternelle, qui était aussi sa langue de travail et la langue officielle de son pays. Georges Pompidou, né en 1911, condisciple du Sénégalais Léopold Sedar Senghor et du Martiniquais Aimé Césaire au fameux lycée Louis-Le-Grand. En 1934, il est agrégé de lettres et cet aspect sera peut-être déterminant dans sa nomination comme Premier ministre le 14 avril 1962. 

Je suis souvent étonné que très peu d’Africains dits francophones n’évoquent ce monsieur quand il est question de nous et de la France. Pourtant, suite à la démission de son patron en 1969, c’est lui qui remportera la bataille de la présidentielle devant Mitterrand qui perdait pour la deuxième fois. Mort en 1974, il aura donc dirigé son pays, de facto les nôtres donc, durant 5 ans. 5 ans, ce n’est pas rien. Il nous suffit de répertorier les événements qui ont eu lieu dans nos enclos coloniaux durant cette période pour mieux y réfléchir… 

La France se dit pays démocratique depuis des lustres. Fort bien. Je ne lui contesterai pas ce qualificatif. Elle a des rasons de penser qu’elle est une démocratie et que depuis l’instauration de la République (allez prenons la « première », en 1792) ses présidents sont élus soit au suffrage universel direct ou indirect. Et nous, devenus grands copieurs devant l’Éternel, nous avons intériorisé le fait qu’il suffit d’élire un président, des députés etc. Pour dire que l’one st une démocratie. Et Dieu sait que le Françafricain dont je parle aujourd’hui fut élu. Pourtant, c’est sous le même Pompidou que la démocratie connut des accrocs terribles pour celles et ceux qui ne jurent que par ce mot.

En effet, le 4 décembre 1973, c’est un journaliste de l’hebdomadaire satirique Le Canard Enchaîné qui tombe sur des agents de renseignements généraux en train de placer des micros dans leurs locaux. Ils étaient déguisés en plombiers et depuis lors, on ne cesse d’en rire. Pour bien corser la chose, au sein du célèbre journal il avait été décidé d’immortaliser l’endroit où les micros étaient en train d’être posés par un petit mot en mémoire du célèbre Raymond Marcellin (1914-2014), qui était le ministre de l’Intérieur de l’époque, donc forcément dans le coup. Pas besoin d’être un savant sorti de l’Université de Makerere ou encore de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) pour comprendre que le régime de Pompidou venait par là de violer plus d’une loi : les locaux de ce journal sont une propriété privée, ceci d’une part. D’autre part, ce sont les mêmes Occidentaux qui avaient décrété qu’après l’Exécutif (gouvernement), le Législatif (Parlement) et le Judiciaire, la Presse était le quatrième pouvoir. Par définition et par principe, ces pouvoirs font, dit-on, partie des bases, des fondements même de la démocratie. Ainsi, ce régime, en pénétrant comme des bandits dans les locaux d’un autre pouvoir, aux fins d’espionnage (je ne vois pas d’autres motivations) a violé le principe de séparation des pouvoirs. Question à un million de makuta : si dans un pays comme le Zimbabwe, une telle affaire éclatait, imagine-t-on les choux gras qu’en ferait la presse de London comme celle de Paris ? Je vous laisse imaginer la suite.

Je ne mets pas ce point pour dire que Pompidou et ses collaborateurs ont bien ou mal agi. C’est leur affaire. Mais toujours est-il qu’ils se sont fourvoyés et qu’ils se sont rendus ridicules aux yeux des Français, de ceux-là mêmes qui les paient chaque mois avec leurs impôts. Mais nous, à entendre les Françafricains, nous n’aurions pas le droit de nous tromper quand nous proposons des solutions Panafricaines à nos problèmes.

En 1970, le Garde ses Sceaux, ministre de la Justice René Pleven (1901-1993) fit adopter la loi anticasseurs. Pour faire court, si nous organisons une manifestation et que nos ennemis s’infiltrent dans cette manifestation, cassent un seul magasin, nous en sommes comptables. Elle n’est pas belle la démocratie à la sauce Pompidou ? Voilà des hommes qui disent connaître le droit comme personne d’autre sur cette terre et qui pondent des lois aussi stupides que barbares. La gauche, de retour au pouvoir en 1981 abrogera cette loi (1982). Alassane Dramane Ouattara, en bon françafricain, du temps où il fut Premier ministre de la Côte d’Ivoire fera adopter cette loi, ce qui conduira le leader du FPI (Front populaire ivoirien) en prison, nous étions en 1992. Autre question à dix millions de francs coloniaux : imaginons que le Zimbabwe vote une telle loi de nos jours, que ne diront pas les journaleux et autres serveurs de soupe des bords de la Seine et de la Tamise ?

Je suis foncièrement contre ce genre de lois, et n’importe quel esprit censé ne peut que la réprouver. Qui peut de nos jours la soutenir ? Pourtant, en 1970, il s’est trouvé une majorité de parlementaires, avec un Premier ministre nommé Jacques Chaban-Delmas, pour estimer que ladite loi était bonne. Pourtant, et pourtant, quand on parle du bilan de Pompidou, on passe sous silence cette aberration : c’est une honte pour le pays qui dit avoir abrité « l’esprit des lumières »… Les autres se sont trompés, avec Pompidou, avant Pompidou et ils ne cessent de se tromper : pourquoi alors les Africains ont-ils peur de tenter l’expérience du Panafricanisme qui non seulement n’a jamais été véritablement tenté mais en plus est une idée qui nous est propre et qui ne sort ni de la tête de Pompidou ni de ses brillants collaborateurs dont on a pu apprécier deux « exploits » ?

Pour finir, je rappellerai un autre fait qui à mon sens mérite notre plus grande attention. Pompidou voulait faire de la France le champion mondial incontesté de l’informatique. Je ne commente même pas, les résultats sont là, même devant les yeux d’un aveugle de naissance…

Africains, réveillons-nous et arrêtons car de toutes les façons, TOUTES les solutions, méthodes importées chez nous ont montré leurs limites : elles ne valent pas grand-chose pour ne pas dire rien. Cheikh Anta Diop a écrit en son temps un livre que nous devrions tous avoir sous la main, même quand nous allons faire une petite commission à trois heures du matin, Les fondements économiques et culturels d’un futur État fédéral en Afrique noire (Présence Africaine). C’était il y a longtemps. Si à mon humble avis, je pense que cela marchera, je ne peux empêcher autrui de penser qu’il y aura échec. Et là, je repose une dernière question, à 9999999999999999999999999999999 ndzimbu, « Pourquoi devrions-nous être les seuls à ne pas avoir le droit d’échouer ? » Si nous échouons, nous relèverons la tête et nous tenterons de nouveau le coup. Mais nous avons plus que jamais les devoirs de:

  • De créer notre MUA (Monnaie unique africaine) ou des MCA (Monnaies communes africaines);
  • De fermer les bases militaires étrangères sur notre continent et de créer une armée continentale;
  • De transformer localement nos produits (du sol, du sous-sol, de nos eaux, etc.) et de ne vendre que si d’une part nous avons assez de réserves et si d’autre part, nous en avons besoin;
  • etc.

J’y crois !

Obambe GAKOSSO, September 2013©


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