Epurebere, adi ibo ya ndziya yo: le blog d'Obambé Mboundze Ngakosso

Kemet (l'Afrique), les Kamit (les Africains), leurs relations avec le reste du monde, les essais qui me frappent, etc., voilà les sujets de cet espace

19 septembre 2013

Aimé Césaire, hommage par la Cade

Classé dans : Société — Obambé Mboundze GAKOSSO @ 14 h 27 min

La semaine passée, j’ai reçu une invitation pour assister à un événement culturel concernant le Nègre fondamental, Aimé Césaire, hommage par la Cade dans Société ac-300x206En regardant attentivement les éléments concernant les initiateurs de cette rencontre, je ne m’attendais à rien d’extraordinaire. En effet, la soirée d’hier, qui a eu lieu à l’ENA (2, avenue de l’Observatoire, Paris 6) a été organisée par la CADE (Coordination pour l’Afrique de demain). Les intervenants étaient 

  • Henri Lopes, en tant qu’ancien ministre de l’Éducation du Congo;
  • Mamadou Souley Ba, professeur de littérature à l’UCAD (Université Cheikh Anta Diop);
  • Boniface Mongo Mboussa, professeur de littérature à l’Université américaine de Paris;
  • Papa Samba Diop, professeur de littérature à l’Université de Créteil (France);
  • Lilyan Kesteloot, professeure de littérature à l’UCAD et maîtresse de cérémonie.

Le thème était Césaire, la négritude et la jeunesse universitaire. Héritage et influence sur la jeunesse universitaire française et africaine. Quand on lit un tel thème et que l’on voit l’âge des conférenciers, il y a de quoi se poser des questions. Le but n’est pas de faire jeunisme et de jeter aux orties les vieux et les vieilles (on est tous le vieux de quelqu’un et l’Africain que je suis tiens à rappeler sans cesse, que chez moi, pour moi, « Vieux », « Vieille » sont des marques de respect et d’affection. Des jeunes étaient présents dans la salle et combien ont eu le micro pour dire ce que Césaire représentait pour eux. J’ai eu l’occasion de m’exprimer à la fin et j’ai poussé un coup de gueule à ce sujet: il y avait dans la salle des étudiants et étudiantes, c’était à eux qu’aurait dû revenir la priorité pour parler de Césaire…

Le fait le plus marquant de la soirée, à mon avis, a été le récital offert par le poète guadeloupéen Félicien Jerent. J’ignorais jusque là son existence (cela fait à peine quelques temps que je m’intéresse à la poésie, désolé). Il a commencé par un extrait de Discours sur le colonialisme (sans lire, s’il vous plaît!!!) et, ensuite, il a lu deux extraits de Cahier d’un retour au pays natal. Plus tard, dans la soirée, il a lu le texte d’un jeune poète (18 ans, selon Lilyan Kesteloot) Sénégalais, basé à Dakar, et portant le nom improbable d’Élie Charles Moreau*. Un très beau texte qui a été remarquablement lu, sans doute écrit avec ses tripes. 

Les deux enseignants sénégalais ont parlé de leurs expériences avec leurs élèves et étudiants: c’était fort enrichissant et on a pu comprendre l’impact que pouvait avoir Césaire auprès de certains jeunes étudiants aussi bien à Dakar qu’en région parisienne quand un enseignant leur transmet l’amour et la passion de cet auteur, que je considère comme le meilleur écrivain français. Mongo-Mboussa avait introduit Césaire quand il était chargé de cours et attaché de recherche à l’Université de Saint-Denis. Des étudiants s’étaient même mis à slammer avec ses textes. Lorsqu’il arriva à l’Université américaine de Paris, Césaire passait très bien mais il y eût un gros hic avec le parallélisme de Césaire, Colonialisme = Nazisme. Ce qui pour nous, Africains est évident, ne passait pas du tout pour certains étudiants de cette université qui étaient Juifs. Encore une fois, les Africains doivent comprendre que chaque peuple a son paradigme et nous ne pouvons pas sur cette terre, se perdre en conjectures en voulant plaire à tout le monde, en souriant à tout le monde, en disant que tout le monde est beau et gentil.

Lopes de son côté (premier intervenant) dit qu’à son retour au pays, en 1966, avec les responsabilités qui furent les siennes, son ministre de tutelle lui laissa les mains libres pour la mise en place des programmes. C’est ainsi, dira-t-il, qu’il mettra au programme Césaire, Frantz Fanon et Léopold Sedar Senghor. Il dira aussi que Senghor était plus connu de la jeunesse congolaise de l’époque comme un homme politique et Césaire comme un écrivain.

C‘est en 1965 que Lopes « rencontrera » Césaire, par le biais d’une thèse à lui consacré, signée d’une certaine Kesteloot. Cette dernière parlera de son expérience de terrain, en Afrique (61-65) quand elle participera à la formation de jeunes Africains (Cameroun, Mali, Côte d’Ivoire et Sénégal). Si, au Mali, cela passait très bien, du fait de la proximité idéologique entre le Mali de Modibo Keita et l’URSS, à Abidjan, 13 enseignants européens (« coopérants ») se feront expulser suite à un mouvement étudiant. En effet, l’ambassadeur de France de l’époque n’appréciera pas les cours sur les textes de Césaire. Tiens donc…

Après mon intervention, quasiment à la fin, je fus étonné de voir venir vers moi un vieil homme dont le visage et les locks me disaient quelque chose: il me félicita chaleureusement en répétant plus d’une fois qu’il avait apprécié mes mots et qu’il tenait à me revoir. Au moment de l’échange de coordonnées, qu’il proposa gentiment, je me rendis compte que mon intuition masculine ne m’avait pas égaré. Je le connaissais: c’était Jean-Pierre Ndiaye! Je n’avais pas, en final de compte, raté ma soirée.

 

Obambe GAKOSSO, September 2013©

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*: En cherchant sur la toile, j’en ai trouvé un qui porte le même nom, le même prénom, est un artiste mais qui n’a pas la tête d’un homme de 18 ans

 

4 réponses à “Aimé Césaire, hommage par la Cade”

  1. Grace Bailhache dit :

    Hummm Obambé,

    Tu m’as emporté avec toi, j’y étais presque grâce à ta vivacité de ton écriture. Dommage en effet, que les tables soient remplis des mêmes protagonistes comme certains plateaux tv du reste. Ceci dit, je me garde de sauter aux conclusions dans ces cas là. J’ai eu à organiser des rencontres culturelles et crois moi, les gens qui désirent s’exprimer en public ne sont pas légions contrairement à ce que l’on pourrait penser. Et parfois, comble de malheur, ceux qui le désirent, qui ont les connaissances, sont de piètres orateurs, ce qui rend les choses encore plus compliqué. Car le tout n’est pas délivrer un savoir ou un témoignage, mais bien t’intéresser un auditoire. N’est ce pas ?

    Cependant j’aurais aimé être là pour entendre ton coup de gueule. Évidemment, je t’aurais apporté la contradiction parce que je ne sais pas me tenir, donc finalement, c’est mieux que je te lise. SouRIRES !

    D’ailleurs ce texte m’a cruellement mis en appétit pour ton livre.

    Grace

    P.S : prends le temps de lire l’article mis en lien dans ce commentaire.

    • Hello Grâce,

      Tu m’as emporté avec toi, j’y étais presque grâce à ta vivacité de ton écriture. Merci, trop aimable. Merci.

      Dommage en effet, que les tables soient remplis des mêmes protagonistes comme certains plateaux tv du reste. Je ne te le fais point dire… Extrêmement regrettable.
      dit, je me garde de sauter aux conclusions dans ces cas là Que veux-tu, je suis un passionné…

      J’ai eu à organiser des rencontres culturelles et crois moi, les gens qui désirent s’exprimer en public ne sont pas légions contrairement à ce que l’on pourrait penser. Tout le monde ne peut avoir le bagout de Grâce pour s’exprimer en public, vois-tu… Mais là, les gens avaient vraiment envie de parler, les mains ne cessaient de se tendre.

      Et parfois, comble de malheur, ceux qui le désirent, qui ont les connaissances, sont de piètres orateurs, ce qui rend les choses encore plus compliqué. MDR ! No more comment…

      Car le tout n’est pas délivrer un savoir ou un témoignage, mais bien t’intéresser un auditoire. N’est ce pas ? Je n’ôte rien ni ne rajoute quoi que ce soit. Ce serait un crime…

      D’ailleurs ce texte m’a cruellement mis en appétit pour ton livre. Tiens donc !!! Et pourquoi, très chère ?

      @+, O.G.

  2. Mai Lan Gaêlle NDOYE dit :

    Bonjour Obambé,

    Merci pour cet article !
    Je suis heureuse de rencontrer quelqu’un qui semble avoir les mêmes préoccupations que moi.
    Rendons à Césaire ce qui est à Césaire… c’est à dire la vie ! Je suis convaincue, comme toi, que ses écrits ne sont pas l’apanage d’une génération et qu’ils peuvent connaître d’autres destins avec et pour la jeunesse de ce siècle ! C’est ce qui m’a poussé à participer à un projet dont l’un des volets s’intitule « Césaire et la jeunesse en dialogue » dans lequel nous cherchons à recueillir, les perceptions de jeunes issus de différents horizons sur l’oeuvre de Césaire et susciter le débat. Il s’agit également de valoriser ces échanges lors d’une journée spéciale qui se tiendra prochainement à l’UNESCO. Si cela t’ intéresse je peux te donner plus de précisions par mail. N’hésite pas à me contacter.

    Mai Lan

    PS : Je me permets de te tutoyer car j’estime que tu fais partie de la jeunesse dont nous parlons, et ce, quel que soit ton âge, car cela va bien au delà. J’espère que ça ne t’ennuie pas ?

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