Epurebere, adi ibo ya ndziya yo: le blog d'Obambé Mboundze Ngakosso

Kemet (l'Afrique), les Kamit (les Africains), leurs relations avec le reste du monde, les essais qui me frappent, etc., voilà les sujets de cet espace

30 juillet 2013

Lettre à notre cousin Jean-François Copé

Classé dans : Economie — Obambé Mboundze GAKOSSO @ 11 h 19 min

Très cher Jean-François,

Tu seras sans doute surpris et étonné de recevoir ce courrier d’une personne dont tu ignores tout et qui, plus est, a un nom qui, comme diraient les francologues les plus aiguisées, a un prénom (Obambe) et un nom (Ngakoso), qui te sembleront exotiques.

 

Lettre à notre cousin Jean-François Copé dans Economie jfc

L'homme de Mfoa

N’aie ni crainte, ni peur ni moindre doute à mon égard. Nous sommes bel et bien de la même famille et le fait que je te tutoie d’emblée devrait te rassurer, si le moindre doute venait encore à subsister dans ton grand esprit, cher cousin.

Je t’écris donc cette missive suite à ton séjour sur les bords du beau et majestueux fleuve Congo**, comme l’appelait naguère, un autre de nos cousins, hélas ! disparu, le 07 septembre 1997 à Rabat. Paix à son âme.

Mais nous nous égarons. Revenons à l’essentiel.

Je tenais à te dire combien je suis très content, très heureux et très fier de compter dans ma famille un homme aussi grand que toi. J’ai toujours perçu en toi la fibre d’un grand homme d’État. Un homme qui, comme on le dit si bien en France et à Navarre, dans les milieux autorisés qui s’autorisent à penser, que tu as un destin national. Qui oserait encore en douter après ton remarquable et inoubliable séjour sur les terres de mon ancêtre, ce bon vieil Onkuo qui régna naguère jusqu’à ce qu’un Français, d’origine italienne, vint.


Quand ce pauvre Bruno Leroux se permet de dire, De Gaulle avait des idées, Copé a un tarif, moi, je te défends en disant d’une part que chaque homme a un prix et d’autre part, le talent, ça n’a pas de prix. Que peuvent bien représenter 30.000 € en comparaison de ton immense talent que tu as mis au service de notre immense continent (1.000.000.000 d’habitants et 30.000.000 de Km2), récemment, dans ma chère et belle ville natale de Mfoa, à l’occasion de cet événement de portée mondiale, appelé, Forum économique annuel Forbes Afrique. Tu veux que je te dis, très cher cousin? Ce Leroux n’est pas très clair. D’ailleurs, ne s’appelle-t-il pas « Leroux »? Où a-t-on déjà vu un roux clair? Pas moi en tout cas, aussi myope que je sois. Ce monsieur est, comme on disait si bien dans la rue Franceville, à Ouenze où j’ai grandi, « jaloux » de toi. Oui, lui, il n’a pas été invité en Afrique. Lui, Forbes Afrique ne le connaît pas. Il faut lui dire, quand, à la rentrée parlementaire, tu le croiseras, que hier, il y avait l’homme du 18 juin et que depuis, il y a l’homme qui valait 30.000€.

Mokalu dans le pondu**, j’ai appris que tu as gagné tes 30.000€ pour 10 minutes d’intervention. Franchement, tu veux que je te dise vraiment ce que je pense là-dessus, au-delà de toute flagornerie (ce n’est pas mon genre, hein…) ? 30.000 € = 196.787,1 francs. Soit 19.678.710 d’anciens francs. Et là, je calcule sans tenir compte de l’inflation***. Je ne connais personne qui soit chef de parti, député, maire, avocat d’affaires en même temps, qui soit capable de gagner autant d’argent en si peu de temps. Je suis même tenté de ramener cela à la seconde. Sachant qu’une minute = 60 secondes, tu as donc gagné 32.797,85 d’anciens francs/seconde. Comment ne pas faire confiance à un homme capable de gagner autant d’argent, juste en parlant ? Qu’est-ce que cela aurait été si tu avais travaillé… Non seulement le déficit de ton parti serait complètement résorbé mais en plus, le déficit de la Sécurité sociale française ainsi que tous les autres déficits auraient trouvé la même solution.
 

Très cher cousin,

Certaines mauvaises langues se sont même permis de rappeler un propos que tu avais tenu le 05 octobre 2012. Tu disais, Il est des quartiers où les enfants ne peuvent pas manger leur pain au chocolat car c’est le ramadan. En cette période de ramadan (je salue mes amis musulmans comme toi car je sais que comme tous les antiracistes, tu dois avoir des amis d’apparence musulmane), je tiens à rappeler que certains qui t’avaient fait ce procès et qui ressortent ces propos aujourd’hui suite à ton voyage dans les pas de Tintin au Congo sont d’une malhonnêteté incroyable car cela, tu l’avais déjà dit dans ton livre-programme, Manifeste pour une droite décomplexée (Fayard, 2012). Mais bon, en dehors du grand et immense esprit que tu es, qui écrit encore des livres dans cette classe politique ? On écrit plutôt sur Tweeter et sur FaceBook. Qui lit encore des livres parmi tes amis et adversaires politiques ? On lit les propos des uns et des autres sur les réseaux sociaux. Dans un pays où les hommes politiques commentent les propos d’une jeune fille de la télé-réalité, il ne reste que toi qui as compris. En effet, contrairement à ce que disait un certain Sarkozy Nicolas, toi, en allant au bord du fleuve-roi, où tu n’as insulté personne, mais vraiment personne, tu as compris que l’Africain était bel et bien assez entré dans l’histoire. D’ailleurs, le « pain au chocolat », nous ici dans la forêt équatoriale, ça ne veut rien dire pour nous. on ne sait pas ce que c’est. Donc, tu pourras en rajouter des couches et des

Bravo à toi. Mais vraiment bravo.

 

Très cher Jeff (permets-moi de t’appeler ainsi car c’est comme ça que j’appelle tous les Jean-François),

En acceptant cet argent, tu as prouvé à la face du monde que l’Africain a de la mémoire. Il a la réputation d’être généreux voire extrêmement généreux. D’autres diraient trop (mais là, ce sont les mauvaises langues, encore elles). Je ne te citerai pas dans cette lettre tous ces hommes politiques français qui, bien avant toi, ont voyagé via UTA (paix à son âme), Air France etc. pour aller chercher des mallettes, des valises de billets de banques. Pas des francs CFA car cette monnaie de singe et de singes ne vaut rien hors d’Afrique centrale (pour ceux estampillés BEAC) et hors d’Afrique de l’Ouest (pour ceux estampillés BCEAO). C’étaient de beaux et magnifiques billets de francs français. Les fameux « Pascal » que nous aimions tant et si bien que lorsque l’€ fut venu, nous nous sentîmes comme démunis, amputés d’une partie de nous-mêmes.

Si ce que je viens de dire t’intrigue (tu es encore jeune, tu n’as même pas 50 ans), je pourrai te dire de grands partis politiques français ont bel et bien croqué l’argent africain à belles dents, comme tu dois croquer les belles pommes françaises de France, issus des beaux vergers de ton pays, où parfois (souvent ? tout le temps ?) des ouvriers venus des colonies suent sang et eaux pour que la grande distribution française ne soit jamais en rurpture de stock de fruits. Sinon, ce sera la grève et la grève, tu connais. Mais je sais compter sur toi pour que ce jour de 2017 quand tu seras enfin couronné suzerain de France, de Navarre et des DOM-TOM (aussi bien des Îles que du continent africain) pour mettre fin à ces grèves intempestives.

Mais on s’égare un peu.

Je disais donc que ces pays africains ont des dirigeants d’une générosité extraordinaire et tu peux demander à ton aîné et confrère (il est aussi avocat) Robert Bourgi de t’en parler. Les gens – qui n’aiment pas les gens comme on dit dans le TOM appelé Côte d’Ivoire – s’en étaient pris à lui car il avait ouvert la boîte de Pandorre. En effet, le 11/09/2011, dans une interview au JDD, il avait dit, je cite : Lors des grandes remises de fonds, j’étais attendu comme le Père Noël. Oui, car lui, dans son immense honnêteté a dit comment certains de tes compatriotes se fournissaient en argent frais et que lui-même se dévouait pour aller chercher ces fonds en Afrique, le continent de la pauvreté où, le plus naturellement du monde, l’argent coule plus que le lait, le miel, le champagne et le cidre réunis. Le très – trop, je dirai – regretté président Omar Bongo Ondimba, qui, contrairement à toi, n’avait pas fait l’ENA (ceci explique sans doute ce qui va suivre) disait publiquement qu’il arrosait non seulement la classe politique française, mais qu’en plus, il avait son mot à dire dans la composition de ton gouvernement.

Très cher brillant avocat mondialement reconnu,

Pourquoi tant de haine, même de la part de ce Harlem qui fait montre d’un désir flagrant de t’occire ? Encore une fois, tes amis de la droite (libéraux, ultralibéraux etc.) vont conclure que la gauche n’aime pas l’argent, qu’elle n’aime pas les efforts etc. Conclusion hâtive de leur part car on ne saurait oublier ce grand homme de gauche qu’est Jérôme Cahuzac qui a bâti une fortune considérable. Mais dans son immense bonté, il a estimé qu’il valait mieux en faire don à des banques suisses et à Singapour. Il n’y a pas à dire, le Français, comme l’Africain, est généreux. L’Africain donne au Français qui lui, va donner au Suisse. On appelle ça la mondialisation et c’est aussi une autre forme de communisme. Ces gens de gauche oublient aussi qu’avec les déboires de ton ancien ami Ziad Takieddine, les vacances vont être de plus en plus compliquées pour toi. J’ai regardé le prix et le coût des piscines en ce moment : c’est tout simplement hors de prix. Même avec toutes tes sources de revenus, tu ne pourras offrir cela à ta petite famille…

 

Très cher parent,

Je conclurai en te disant que si tu ne vois toujours pas qui je suis, essaie de te souvenir, même si tu es un peu jeune, d’un autre membre de notre grande famille. Sans doute le plus célèbre, né pas loin de l’Équateur, j’ai cité, l’empereur Jean-Bedel Bokassa premier. C’est lui qui nous avait rappelé fort opportunément qu’en toute logique que, si nos ancêtres sont bien des Gaulois, il avait raison d’appeler Charles de Gaulle par « papa » et Valéry Giscard d’Estaing par « cher parent ». D’ailleurs, pour bien montrer que l’Africain a de la mémoire et qu’il n’oublie pas tout le bien qu’on lui fait, François Marc Bozizé, un des successeurs de Bokassa premier, lors de son appel envers la France afin qu’elle l’aide à sauvegarder ce même pouvoir qu’elle lui avait si généreusement offert 10 ans plutôt avait bien dit qu’il s’adressait à ses « cousins français ». Voilà pourquoi, en tant que parent de Bokassa premier et de Bozizé, ces derniers étant parents des 65.000.000 de Français, nous sommes donc parents, toi et moi. Et dans ce cadre, crois-moi, je ne manquerai pas de t’apporter la plus grosse pierre possible des cataractes dans ta marche naturelle vers le pouvoir. Mais pour cela, je te donnerai, en toute modestie, un conseil que tu ferais mieux d’appliquer. Appelles-moi dès que possible et je te donnerai tous les agendas des conférences, colloques, symposiums, congrès et autres réunions où l’expertise européenne est toujours requise et appréciée sur mon continent (qui est devenu aussi le tien). Nous en avons chaque jour car ce que nous visions hier (le « développement ») et aujourd’hui (l’«émergence ») nécessite en effet que nous dépensions toujours l’argent que nous n’offrons pas à la classe politique française, en organisant ces fastes et autres agapes. Des consultants comme toi – que dis-je ! – UN consultant comme toi est plus que jamais requis pour apporter sa science et son savoir. Nous avons tous vu avec quel brio tu as organisé les dernières élections internes à l’UMP, ton parti. Cela a été une telle réussite que des mois durant, nous te voyions tous les jours à la télévision. Or, en politique française, celui qui occupe le devant de la scène montre que non seulement il travaille dur, mais qu’en plus… en plus rien ! Les accusations de fraude (quel gros mot !!!) ont glissé sur toi comme quand tu nageais dans la piscine de ton ami Ziad.

Jeff adoré,

L’Afrique a plus que jamais besoin de toi et, je parie mes cheveux, ma première chemise, mon premier short et je jure sur ta propre calvitie qu’avec toi, nous allons nous développer.

 

Obambe Ngakoso, depuis la forêt équatoriale où je suis avec la plus grande attention ta brillante carrière, July 2013©

—————————————————————————

* : Á l’époque, il disait en fait « fleuve Zaïre ». Mais tu sais, c’est comme pour les noms des partis. Un coup on peut dire RPF, un coup UDR, un autre RPR, aujourd’hui UMP, demain PC (Parti copéiste)

** : C’est la formule, du côté de notre branche de ta famille pour dire « Cerise sur le gâteau ». Je te donnerai les détails plus tard.

*** : En bon énarque, tu sauras mieux calculer ce que ça vaut réellement.

 

 

 

 

 

3 réponses à “Lettre à notre cousin Jean-François Copé”

  1. ETOILE dit :

    Géniale cette missive, tu l’as vraiment envoyé à Jeff? Trop bon….! mon frère bravo Bambi.

  2. opays2lafeuillederable dit :

    Ya Mboundze,

    Tu ne cesseras de m’étonner… LoL
    Ta missive à ton « Très cher Jean-François » ou « Très cher cousin » ou « Très cher Jeff » ou encore « Très cher parent » ou enfin « Jeff adoré » est une excellente et extraordinaire parodie… Ironique, enfin dirai-je.
    En effet, ne serait-ce pas l’hypocrisie*? D’ailleurs, l’hypocrisie = ironie** en « Bon français »
    En passant je déteste l’hypocrisie et ceux qui la pratique.
    Un terme de la langue française, politiquement correct, pour dire ou annoncer les choses sans véritablement en n’approuver le sentiment. C’est encore là purement une attitude Française. Ce qui a le don de m’exaspérer.
    Par ailleurs, nos frères anglophones n’iront pas par 2 chemins et diront dans ce cas là : « F**k fake this Jeff ! »***
    Au fait, d’où viennent vos liens de parenté avec Jeff adoré?
    opays2lafeuillederable…

    *Comportement par lequel on exprime des sentiments, des opinions que l’on n’a pas, que l’on n’approuve
    ** Raillerie qui consiste à dire le contraire de ce que l’on souhaite faire entendre
    ***Quel mytho ce Jeff !

  3. Obambé GAKOSSO dit :

    Toi là, avec ton nouveau pseudo long comme dix bras, je ne sais comment t’appeler, hein, opays2lafeuillederable!!!

    J’ai essayé de faire de l’humour avec cette histoire qui pour moi est une histoire de pieds nickelés, ni plus ni moins.
    Il y a deux angles, si je veux être sérieux:
    • Sous l’angle des Français : l’Africain que je suis n’a pas grand-chose à dire si ce n’est à rappeler que c’est une coutume. Je le rappelle bien avec Bourgi qui a dit lui-même qu’il allait chercher des sous en Afrique ;
    • Sous l’angle des Africains : encore une, nos dirigeants montrent qu’ils ont du mal à comprendre comment va ce monde, où il va et comment ils doivent conduire nos pays.
    Pour faire court, voilà ce que je peux en dire sérieusement.

    @+, O.G.

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