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17 juillet 2013

Un pays qui glorifie des criminels: le cas Dolisie

Classé dans : Politique — Obambé Mboundze GAKOSSO @ 9 h 57 min

Récemment, la commune de Loubomo s’est dotée de nouveaux bâtiments (apparemment beaux, Cf. photo) publics, et pour reprendre les termes utilisés par www.congo-site.com, dans le cadre du programme gouvernemental de construction des infrastructures de base appelé municipalisation accélérée (…)

Un pays qui glorifie des criminels: le cas Dolisie dans Politique loubomo

Nouveau bâtiment à Loubomo

J’ai déjà eu l’occasion de dire dans cet espace ce que je pense de la « municipalisation accélérée » : une vraie imposture, une escroquerie des temps modernes qui, hélas ! est en train d’endormir les pauvres Congolais. Cependant, même si l’article ne nous donne pas des éléments concernant lesdits bâtiments (hauteurs, capacités, connexions Internet, parkings, etc.), on ne va pas cracher dessus. De toutes les façons, dès qu’il y aura quelque chose qui n’ira pas (on a l’habitude, hein, au pays…), cela se saura très vite : au vingt-et-unième siècle, on ne peut plus rien cacher !

Il y a des plans de notre vie sur lesquels nous nous devons d’être exigeants. Sur le plan personnel, si les gens veulent être soit légers ou être adeptes de l’apeu-prisme, tant pis pour eux. Concernant tout ce qui touche à notre destin commun, il faut cesser de se contenter de peu, comme c’est devenu la règle, la norme au Congo-Mfoa en particulier et sur pas mal de territoires africains en général. Il faut voir comment ceux qui ont la possibilité d’exprimer publiquement leur pensée se taisent dans des silences coupables. Trois raisons en sont la source, à mon avis :

-      La peur : dans des pays qui ont connu le monopartisme, comme le Congo-Mfoa (1961-1990, soit 19 ans), il n’est pas évident, d’exprimer souvent certaines opinions ;

-      Le je-m’en-foutisme. Pas besoin de faire un exégèse de ce propos, il parle de lui-même ;

-      L’apeu-prisme. Idem!

Cette dernière attitude fait de certains d’entre nous des paresseux intellectuels. Penser est devenu tellement difficile, douloureux, pour certains de nos compatriotes africains. Qu’ils soient cadres d’entreprises privées, qu’ils soient enseignants-« chercheurs » à l’université, qu’ils soient militants de partis politiques, ces femmes et ces hommes ont décidé de ne plus faire usage de leurs cerveaux pour se contenter des miettes qui leur tombent dessus, distribuées ça et là par nos gouvernants.

C’est le cas de nos plus grandes cités, qui ont été agrandies à l’époque coloniale, dans le seul intérêt du colon qui avait eu besoin d’y bâtir des centres administratifs pour lui et lui seul. Il est arrivé et, faisant fi de ce qui s’y trouvait, a décidé d’appeler ces endroits comme il voulait. Ce sujet, déjà mis en ligne ici, ne peut être épuisé car c’est une honte de notre part de continuer à faire la gloire du colon.

Quel plaisir y-a-t-il de dire « Dolisie se modernise » alors que nous savons que le nom de cette cité est Loubomo. Que le colon ait, à un certain moment, dans son travail de notre déshumanisation et de notre aliénation, décidé d’appeler cette cité « Dolisie », c’était dans leur intérêt et leur intérêt seul. Albert Dolisie (1856-1899) était un citoyen Français, membre de l’expédition De Brazza, au cours de la MOA (Mission de l’Ouest Africain). Ni lui ni son chef n’ont quoi que ce soit à voir avec nos ancêtres. Mis à part le fait qu’ils en ont tué une partie. L’excellent livre de l’historien Abraham Constant Ndinga-Mbo* parle de cet homme que l’écrasante majorité de nos contemporains ne connaissent pas du tout.

L’évolution, le progrès social etc. de nos pays ne peuvent pas souffrir d’un travail de ménage au niveau des noms des villes, des avenues, des boulevards, des ruelles. Nous vivons un anachronisme terriblement honteux et même extrêmement nauséeux en gardant ces horreurs sur les frontons de nos édifices publics. Faut-il rappeler aux universitaires congolais, qui se gargarisent de leurs diplômes, titres et autres parchemins (parfois obtenus en France), que l’occupation de la France par l’Allemagne avait provoqué un tel traumatisme, un tel choc que dès que les conditions furent réunies, la chasse aux Allemands fut lancée, ainsi qu’aux traîtres qui s’étaient amusés à jouer aux traîtres. Même si le ménage ne fut pas fait à 100%, il fut fait et à très grande échelle.

Il est plus que temps, mais vraiment, plus que temps, de mettre ces sujets sur la table et de virer les Libreville, les Bingerville, les Saint-Louis etc. Les autres, non seulement ils se moquent bien de nous avec ça, mais en plus, ça les fait bien rire car nous sommes le seul peuple, mais vraiment le seul peuple au monde à donner l’impression d’aimer autant nos bourreaux..

Obambe GAKOSSO, July 2013©

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 *: Savorgnan de Brazza, les frères Tréchot et les Ngala du Congo-Brazzaville (1878-1960), L’Harmattan, octobre 2006, 282 pages, 23,75

8 réponses à “Un pays qui glorifie des criminels: le cas Dolisie”

  1. Molekinzela dit :

    Ndéko na ngai,

    Intéressant sûrement cet ouvrage de l’historien Abraham-Ndinga Mbo (que je n’ai pas lu).
    Je me permets toutefois de formuler une réserve concernant ton analyse sur l’usage des patronymes historiques dans l’identification d’une ville.
    En effet, Libreville n’a pas la même signification symbolique que Léopoldville, Dolisie ou Fort Rousset…
    Si les trois dernières appellations sont évocatrices de noms de colons ayant, à des degrés divers, sévi dans la région, Libreville évoque justement l’établissement d’esclaves débarqués d’un cargo en partance pour le Brésil qui a été ramené au Golf de Guinée….
    On peut deviner le sentiment de joie qui devait être le leur à être retournés de façon inespérée sur la terre de leurs ancêtres…
    je serais curieux de savoir si, dans son ouvrage, le professeur NDinga-Mbo a éclairci l’histoire du patronyme de « Rousset » pour sa ville natale Owando alias « Fort Rousset »?
    Enfin, et cela n’engage que moi, je ne trouve pas spécialement choquant qu’une ville porte éventuellement le nom d’un colon, si cela peut faire l’objet d’une exploitation pédagogique de l’histoire…
    Ayant séjourné récemment à Essouira (Maroc), j’ai pu constater que dans l’empire chérifien, quand on faisait usage du nom Essouira, on y adjoignait systématiquement l’ancien nom « Magador » évocateur de la présence portugaise dans cette ville… D’ailleurs, on y trouve des vestiges historiques partout lorsqu’on la visite…
    C’est pareil pour la région de l’Andalousie en Espagne où on y trouve la culture nord africaine partout à travers leur folklore… leur architecture…
    Quand on passe devant une pâtisserie à Séville, on se croirait à Marrakech car c’est quasiment la même chose.
    Ca ne me paraît donc pas choquant qu’on change le nom des villes portant le patronyme d’un colon mais ça ne me choque pas non plus qu’on les garde si les choses sont bien expliquées aux gents
    On ne peut donc procéder par un travail de « raturage mentale » (selon une expression chère à E. Glissant) lorsqu’on évoque des souvenirs historiques. A mon sens, il ne s’agit pas d’une apologie mais simplement d’un rappel des faits historiques.
    Je me souviens d’un débat télévisé Koffi Yamgnam/le Pen au cours duquel Koffi rappelait à Le Pen qu’il (Koffi) était français bien avant lui (Le Pen) (historiquement)… que la ville de Rammatuelle, au sud de la France, portait ce nom parce qu’il provenait d’un nom arabe (qu’il avait donné), évocateur de la présence nord africaine dans cette région de France…

    • Ndeko na ngaï,

      Tu as entièrement raison concernant Libreville et c’est mon excès de zèle, d’enthousiasme qui m’a conduit à mettre cet oeuf dans le même panier que les autres. Il est vrai que si j’étais allé au bout, j’aurais pris plus de villes et noms de pays (Cameroun de Camaroès par exemple, pays des crevettes).
      C’est vrai, Libreville n’est pas exactement concerné.

      L’ouvrage du Pr. Abraham Constant Ndinga-Mbo porte essentiellement il est vrai sur les parties centrale et nordiste du Congo. Mais il ne dit rien (si je me souviens bien) sur l’origine de Fort-Rousset. De mémoire, les colons ont donné ce nom en 1899. Mais pourquoi, ça, je n’ai pas encore trouvé.
      Concernant la ville marocaine dont tu parles, je crois que c’est plutôt Essaouira et non pas Essouira. Sauf erreur ou omission de ma part, cette cité était, avant l’arrivée des Portugais, il y avait les populations appelées abusivement Berbères. Ces derniers subiront certaines occupations, dont, la définitive, si on peut dire, celle des Arabes. Malgré le fait que les populations dites berbérophones du Nord du continent se sont en grande partie partie islamisées, par la contrainte, lors des conquêtes et occupations arabo-islamiques, la pilule n’est pas définitivement passée. Ce qui explique en partie la sorte de survivance du nom de Mogador.
      C’est entre autres ce que j’avais cru y comprendre aussi, il y a quelques années.

      @ suivre, O.G.

    • Concernant les vestiges du passé, si j’estime que les noms des colons doivent être remplacés par les noms locaux, j’estime que les vestiges ne devraient pas être effacées. C’est comme les maisons du Camp du 15 août (au Congo), datant de l’ère coloniale. Il est dommage de voir que certaines tombent en ruines. Bon, sur ce plan, pas étonnant vu que les dirigeants congolais ne sont vraiment pas réputées pour savoir entretenir nos biens communs.
      Les Turcs ses sont émus il y a quelques années car en Arabie Saoudite, il avait été décidé de détruire certains monuments datant de l’empire ottoman. Il avait été décidé de les détruire car selon leurs textes coraniques, c’était tout simplement incompatible, interdit de laisser (ou d’ériger, je ne sais plus exactement ce que disent les textes) ce genre de monuments, païens.
      Non, les ponts, maisons, routes, etc. sont à conserver. Non seulement pour l’histoire, mais aussi parce qu’on peut les transformer. C’est un peu comme le « butin de guerre », dont parlait cet auteur algérien (Kateb Yacine) au sujet de la langue française.
      @ suivre, O.G.

    • Je finirai en pensant en effet à Edouard Glissant. Non, enlever les noms des colons ce n’est pas faire du raturage mental. Et cela n’est pas incompatible avec la conservation des vestiges du passé, sans pour autant en faire des lieux sanctifiés. La LP-UMOJA a pris l’initiative de faire quelque chose pour la stèle de Loango, lieu d’où étaient partis certains de nos ancêtres pour l’autre monde, en déportation. Il est heureux, nous sommes heureux de voir que ce lieu abandonné par tous les gouvernements congolais depuis des décennies a subitement, comme par magie, suscité l’intérêt des actuelles autorités.
      Le passé n’est pas à gommer, mais à utiliser pour un meilleur présent et un avenir que l’on espère doré.

      @+, O.G.

    • mwana Ouénzé. dit :

      Mon cher Molekinzela,
      Rousset était un sergent des troupes coloniales…. On peut supposer qu’il était chargé de tenir le Fort qui finira par porter son nom…

  2. ETOILE dit :

    Hein, Dolisie aza moyibi ndeko na ngai, Loubomo il faut alamuka noki… MDR
    J’ai encore entendu ton cri dans mon pongi, mboka mwa nzambe a yoki yo na kanissi ndeko…MDR

  3. Molekinzela dit :

    Ndeko na ngai,

    Effectivement, il s’agit bien d’Essaouira au lieu d’Essouira…
    Pour un berbère authentique, « l’arabe est une langue étrangère comme le français », me disait un ami marocain.
    Il y a à Essaouira, une importante communauté des « Gnaoua » qui sont des descendants d’anciens esclaves noirs.
    J’ai fait précédemment allusion à la ville française de Ramatuelle dont le patronyme viendrait du nom arabe « Ramatuela ».
    Andalousie vient du mot arabe « al andalus ». D’ailleurs, un quartier de Koweit City s’appelerait encore de nos jours: « Al Andalus ».
    L’important, à mon sens viendrait de la compréhension par les populations, des signifiants des noms assignés à une ville.
    Dommage que le professeur NDinga Mbo ne nous ait pas éclairé sur le sens de « Fort Rousset ».
    De prime abord, quand un nom propre est précédé du terme « Fort », cela veut dire que le Rousset en question a péri de façon dramatique dans la région….
    Alors, j’aimerais un peu connaître cette histoire…

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