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17 mai 2013

« Printemps arabes »: que les Subsahariens cessent de rêver…

Classé dans : Politique — Obambé Mboundze GAKOSSO @ 1 h 13 min

Combien de Subsahariens dits francophones* n’avaient pas fait la fête lorsqu’un certain « Printemps » dévastait un à un les régimes d’Afrique du Nord (Libye, Tunisie et Égypte) et tentait d’en secouer d’autres (Algérie, Bahreïn etc.) ? J’ai même lu ça et là et j’ai même entendu qu’il fallait que nous aussi, au Sud du Sahara, nous connaissions nos printemps, avec bien entendu les chutes de nos potentats que nous prenons – très souvent – plaisir à maltraiter avec nos mots et que nous vouons aux gémonies du soir au matin.

Comme souvent j’avais été atterré par ces analyses à trop courte vue et j’avais encore une fois – hélas ! – tiré cette conclusion : quand on ne voit pas plus loin que le bout de son nez, on applaudit tout et n’importe quoi. Pire encore ! on se jette dans les bras du premier venu comme un (e) amoureux (se) éploré (e) qui cède aux avances du premier soupirant passant dans le coin ou de la première courtisane qui lui montrerait un bout de son anatomie. Ainsi sont les humains.

Ces Subsahariens, ces frères et sœurs miens ont trop souvent la mémoire courte. Je le redis avec force. Ils oublient qu’en Afrique, bien que certains potentats battent des records de longévité au pouvoir (pouvoir qu’ils ont fini par considérer comme un bien personnel, familial et ne pouvant faire l’objet d’aucune remise en question), nous avons-nous aussi connu des moments aussi intenses que les « printemps » arabes. Sinon plus !

En 1963, excédés par les abus en tous genres du président Fulbert Youlou (l’abbé défroqué) et d’une partie de ses collaborateurs, les Congolais,  avaient marché, en compagnie des syndicalistes sur le palais présidentiel. Youlou démissionnera et si, sur le plan économique, le Congo connaître de 1963 à 1968, incontestablement sa meilleure ère, sur le plan des libertés, la tristement Défense civile en fera voir de toutes les couleurs au peuple. En 1992, quand ces mêmes Congolais eurent l’occasion de se choisir un président et un Parlement (Assemblée plus Sénat), ils infligèrent une terrible humiliation au président sortant, Denis Sassou Nguesso : ce dernier non seulement sera battu mais en plus, éliminé dès le premier tour de la présidentielle et son parti politique sera aussi relégué au troisième rang, au Parlement. La période 92-97, sera émaillée par des guerres civiles : 93, 94 et 97 occasionneront au bas mot 20.000 morts environ, dont les trois-quarts rien que pour 1997. Ils voulaient le changement, ils en ont eu pour leur compte…

Nombre de Zaïrois avaient fêté la chute de Mobutu en 1997. Ce dernier, né avec le prénom de Joseph-Désiré, sera chassé du pouvoir par un autre Désiré, Laurent Désiré Kabila, aidé par des miliciens et autres soldats ruandais. Là aussi, on crut qu’une nouvelle ère allait s’ouvrir : en vain ! La situation de la RDC n’est pas plus reluisante qu’une vieille pièce de monnaie sorti elle-même d’un vieux porte-monnaie au cuir totalement élimé… Comment ne pas rappeler que ce pays vit une guerre – à l’Est – dans le silence le plus assourdissant qui soit, depuis 1998 ? Cela fait 15 ans que ça dure : où est le mieux-être ?

Les Maliens ont accompagné dans la joie la chute de Moussa Traoré en 1991 qui, comme Hosni Moubarak deux décennies plus tard, avait cru qu’en cassant le thermomètre, la fièvre baisserait. Il avait ordonné que la soldatesque tire sur la foule et un jeune officier, Amadou Toumani Touré sifflera la fin de la récréation par le deuxième putsch de ce jeune pays. 1992, 1997, 2002 et 2007 : voilà les années au cours desquelles les Maliens n’ont cessé de voter et de se choisir « démocratiquement » (selon l’expression consacrée) leur président. La terre entière les a applaudis. Seuls ont dû manquer les applaudissements des peuples des autres planètes du système solaire pour féliciter ce pays et ses enfants. Pourtant, point n’est besoin d’être grand clerc pour se rendre compte que la situation des Maliens ne changeait fondamentalement en rien et que ce pays était toujours classé parmi les plus appauvris de la planète… Comment alors s’étonner qu’un putsch vienne renverser un président au terme de son deuxième et ultime mandat, puisque la Constitution qu’il avait lui-même façonnée, l’empêchait de se représenter en 2012 pour un troisième mandat d’affilée ?

Il y a quelques semaines, je suis tombé sur une station de radio française où il était question de la RCA. C’était quelques jours après que le président François Marc Bozizé ait été chassé du pouvoir par des rebelles. Comme de coutume, en pareilles circonstances, il y avait des gens fous de joie. Un Banguissois dira même au journaliste français (j’ignore quelle question lui avait été posée) : Nous sommes enfin libérés. Le fait est que, depuis 1966 et le putsch du soudard Jean-Bédel Bokassa, les Banguissois et autres Centrafricains ont dû prononcer cette phrase plus d’une fois, chaque fois en fait qu’un nouvel homme fort arrivait, soit via la voie des urnes, soit à l’issue d’un putsch. La République Centrafricaine pour autant ne change guère avec une situation chaque fois plus ou moins chaotique, comparée à la précédente… Quelques mois après l’entrée en force des rebelles de la coalition Seleka, la violence est de plus en plus vivace dans ce pays et quelque chose me dit que ses habitants doivent murmurer que le changement, ce n’est pas maintenant !

Le changement, ce n’est pas maintenant. En effet, c’est ce que doivent aussi se dire les Libyens et les Tunisiens depuis d’une part l’assassinat du guide Mouammar al-Kadhafi par les croisés occidentaux et d’autre part, depuis la chute du coupe Ben Ali (le président Zine el-Abidine et son épouse Leïla).

La Libye est chaque jour en proie à une violence inouïe. Les actes de terrorisme font place à d’autres actes de terrorisme. Les armes distribuées par l’Occident continuent de transformer les Libyens en pièces de viande et en robinets de sang. Du côté des autorités, c’est quasiment silence radio. Le scénario était trop beau pour être vrai, à tel point que la Libye unitaire que nous connaissons depuis tant de décennies donne l’impression qu’il suffira d’une étincelle pour qu’elle soit morcelée en trois parties (Tripolitaine, Fezzan et Cyrénaïque). Au moins ! Qui est le patron de l’entreprise Libye ? Ce navire tangue tellement qu’on a l’impression qu’au lieu d’un seul et unique commandant de bord, il y a des sous-commandants dans chaque recoin, qui font la loi et surtout leurs lois. Je doute très fort que ce soit ce changement dont les Libyens avaient rêvé, même au plus fort du règne de leur ancien guide…

En Tunisie, une phrase récente du président (avec des pouvoirs à peu près équivalents à ceux d’un juge de touche sur un terrain de football) a mis le feu aux poudres récemment, montrant sans doute le vrai ( ?) visage de cet homme qui dirige le pays depuis décembre 2011. Moncef Marzouki (c’est de lui qu’il s’agit), est un médecin réputé qui a lutté des années durant contre le pouvoir de Ben Ali. Il a mené une opposition acharnée, tenace et tout cela, avec l’étincelle qu’a constitué l’immolation par le feu du martyr Mohamed Bouazizi et tous les mouvements qui s’en suivi a conduit la Tunisie vers les premières élections libres et pluralistes de son histoire. Hélas ! les jeunes qui avaient fait la révolution ont été dépassés et débordés par les barbus et les voilées du parti Ennahdha et ces derniers, depuis qu’ils tiennent l’Exécutif, ne manquent aucune occasion de rappeler que leur programme se résume en un seul mot : charia ! Alors que beaucoup avaient espéré que Marzouki constituerait véritablement un contrepoids face à Ennahdha, voilà que ce dernier s’est fendu d’une déclaration maladroite, malheureuse, d’une stupidité incroyable, pour cet homme tant admiré, jouant sans cesse aux modestes, depuis qu’il est sous les feux de la rampe. Je reprends ses mots : (…) l’arrivée au pouvoir des laïcs extrémistes pourrait déclencher une révolution sanglante au cours de laquelle ils seraient pendus. Fermez les bans et circulez, il n’y a plus rien à voir ni à redire ! La sentence est déjà connue avant même le jugement…**

On ne le dira jamais assez : de la même manière que chaque changement engendre ses mélancolies, il ne suffit pas de déshabiller Songolo pour vêtir Pakala, et croire que le changement (positif, s’entend), sera immédiat. Non. Les choses seraient trop belles. On passe parfois par des transitions difficiles, qui peuvent être courtes comme longues. Il n’existe point de règles sur les durées, à ce niveau. Et, quand les nouveaux arrivants ne se sont pas préparés à gérer le pouvoir***, on va de désillusions en dépressions. C’est ce que n’ont cessé de vivre des Subsahariens, des décennies durant et c’est ce que vivent les Libyens aujourd’hui.

Le pouvoir, cela se prépare. Il ne suffit pas de se lever et de se parer d’on ne sait quelles vertus pour se prétendre grand commis de l’État et en conduire la destinée. Que nenni. Sinon, Andy Nirina Rajoelina, alias Andry TGV, ancien maire d’Antananarivo et ancien DJ aurait réussi, depuis 2009 qu’il dirige la plus grande île du continent, Madagascar.

Pour prétendre diriger un peuple, il faut le connaître. Il faut aller vers lui en jouant le jeu de la sincérité sur sa coloration politique, sur ce que l’on veut faire du pays. Le temps devrait être révolu où l’on promettait des merveilles truffées de douceurs et des monts dont les cimes seraient pleines de pépites d’or. Nous en connaissons toutes et tous les conséquences. C’est ce que nos pays ne cessent de vivre avec des aventuriers qui pactisent avec le diable et qui, même en gagnant honnêtement et brillamment des élections, font parfois autant, sinon pires que ceux qu’ils ont battu 5 ans auparavant. Les bilans catastrophiques sont parfois même établis un an à peine après leur accession aux affaires.

Que les Africains arrêtent de rêver en voulant copier bêtement ce qui se passe ailleurs et travaillent plutôt afin que les alternances rêvées et souhaitées de tout cœur et de vive voix soient réellement des alternatives d’où l’on pourra extirper un mieux être pour nos compatriotes africains car comme le disait le très regretté James Emman Kwegyr Aggrey (1875-1927), Seul le meilleur est bon pour l’Afrique. Et là, on pourra dire que le changement c’est maintenant.

 

Obambe GAKOSSO, May 2013©

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* : Je ne sais pas ce qu’en pensent les autres Africains

** : Une motion de censure (jugée recevable) sera déposée contre lui à cet effet, le 16/04/2013

*** : Le cas tunisien est légèrement différent car le cas de ce parti (Ennahdha) avait été réglé des années avant même ces élections : ils n’ont jamais caché leur orientation coranique de la gestion de la cité

 

 

Une réponse à “« Printemps arabes »: que les Subsahariens cessent de rêver…”

  1. St-Ralph dit :

    Bravo pour ce long article dont le volet touchant les pays arabes me plaît. Le lien avec ce qui se passe dans la partie sud du Sahara est aussi clair : au nord comme au sud du Sahara,les Européens nous aident à saboter nos pouvoirs et nos économies rendant tout progrès impossible parce que nous revenons toujours au point zéro.

    Oui, trop souvent les Africains crient « nous sommes enfin libérés ! » Mais les pauvres ne savent même pas dire exactement les contours de la liberté qu’ils disent découvrir. Et que font-ils de cette prétendue liberté ? Partager le pouvoir et l’argent pour dominer les autres ! Ils ne sont même pas capables de copier les Européens qui les financent. Oui, quand ils sauront choisir le meilleur pour l’Afrique, nous serons au début du commencement, au début d’un chemin de construction qui aura le peuple au centre de nos préoccupations.

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