Epurebere, adi ibo ya ndziya yo: le blog d'Obambé Mboundze Ngakosso

Kemet (l'Afrique), les Kamit (les Africains), leurs relations avec le reste du monde, les essais qui me frappent, etc., voilà les sujets de cet espace

  • Accueil
  • > Lectures
  • > L’aliénation culturelle, avec le regard de Frantz Fanon

5 mai 2013

L’aliénation culturelle, avec le regard de Frantz Fanon

Classé dans : Lectures — Obambé Mboundze GAKOSSO @ 1 h 37 min

Relire Frantz Fanon a été vraiment un plaisir. On continue à y puiser des réflexions pour aujourd’hui, pour demain et pour après-demain encore. Oui, les sujets qu’il abordait en 1961 sont toujours, hélas ! d’actualité. Après le billet que je vous ai proposé le 02/052013 dernier, je vous partage encore une fois un extrait don ouvrage mythique, Les damnés de la terre.

L’angle qui m’intéresse le plus ce jour parle de l’aliénation culturelle. Mais pas une aliénation pour taper sur les aliénés ou les supposés tels. Car en réalité, quand on est un fruit, tout ou partie, de la colonisation, on a toujours en soi une dose d’aliénation, je pense. Fanon parle des intellectuels colonisés qui doivent lutter et se battre plus encore. Se battre contre certains des leurs. Se battre contre les colons et ex-colons.

On est dimanche. Je ne vais pas vous user les yeux en écrivant beaucoup. Bon dimanche.

Obambe GAKOSSO, May 2013©

 

L'aliénation culturelle, avec le regard de Frantz Fanon dans Lectures lddlt1Je concède que sur le plan de l’existence le fait qu’il ait existé une civilisation aztèque ne change pas grand-chose au régime alimentaire du paysan mexicain d’aujourd’hui. Je concède que toutes les preuves qui pourraient être données de l’existence d’une prodigieuse civilisation songhaï ne changent pas le fait que les Songhaïs d’aujourd’hui, sont sous-alimentés, analphabètes, jetés entre ciel et eau, la tête vide, les yeux vides. Mais, on l’a dit à plusieurs reprises, cette recherche passionnée d’une culture nationale en deçà de l’ère coloniale tire sa légitimité du souci que partagent les intellectuels colonisés de prendre du recul à la culture occidentale dans laquelle ils risquent de s’enliser. Parce qu’ils se rendent compte qu’ils sont en train de se perdre, donc d’être perdus pour leur peuple, ces hommes, la rage au cœur et leur cerveau fou, s’acharnent à reprendre contact avec la sève la plus ancienne, la plus antécoloniale de leur peuple. (…) Allons plus loin, peut-être que ces passions et que cette rage sont entretenues ou du moins orientées par le secret espoir de découvrir au-delà de cette misère actuelle, de ce mépris pour soi-même, de cette démission et de ce reniement, une ère très belle et très resplendissante qui nous réhabilite à la fois vis-à-vis de nous-mêmes et vis-à-vis des autres. je dis que je suis décidé à aller loin. Inconsciemment peut-être les intellectuels colonisés, ne pouvant faire l’amour avec l’histoire présente de leur peuple opprimé, ne pouvant s’émerveiller de l’histoire de leurs barbaries actuelles, ont-ils décidé d’aller plus loin, de descendre plus bas et c’est, n’en doutons point, dans une allégresse exceptionnelle qu’ils ont découvert que le passé n’était point de honte mais de dignité, de gloire et de solennité. La revendication d’une culture nationale passée ne réhabilite pas seulement, ne fait pas que de justifier une culture nationale future. Sur le plan de l’équilibre pshycho-affectif elle provoque chez le colonisé une mutation d’une importance fondamentale. On n’a peut-être pas suffisamment montré que le colonialisme ne se contente pas d’imposer sa loi au présent et à l’avenir du pays dominé. Le colonialisme ne se satisfait pas d’enserrer le peuple dans ses mailles, de vider le cerveau colonisé de toutes formes et de tout contenu. Par une sorte de perversion de la logique, il s’oriente vers le passé du peuple opprimé, le distord, le défigure, l’anéantit. Cette entreprise de dévalorisation de l’histoire d’avant la colonisation prend aujourd’hui sa signification dialectique. (…) Quand on réfléchit aux efforts qui ont été déployés pour réaliser l’aliénation culturelle si caractéristique de l’époque coloniale, on comprend que rien n’a été fait au hasard et que le résultat global recherché par la domiciliation coloniale était bien de convaincre les indigènes que le colonialisme devait les arracher à la nuit. Le résultat, consciemment poursuivi par le colonialisme, était d’enfoncer dans la tête des indigènes que le départ du colon signifierait pour eux un retour à la barbarie, encanaillement, assimilation. Sur le plan de l’inconscient, le colonialisme ne cherchait donc pas à être perçu par l’indigène comme une mère douce et bienveillante qui protège l’enfant de l’environnement hostile, mais bien sous la forme d’une mère qui, sans cesse, empêche un enfant fondamentalement pervers de réussir son suicide, de donner libre cours à ses instincts maléfiques. La mère coloniale défend l’enfant contre lui-même, contre son moi, contre sa psychologie, sa biologie, son malheur ontologique.  (…) Dans cette situation la revendication de l’intellectuel colonisé n’est pas un luxe mais exigence de programme cohérent. L’intellectuel colonisé qui situe son combat sur le plan de la légitimité, qui veut apporter des preuves, qui accepte de se mettre nu pour mieux exhiber l’histoire de son corps est condamné à cette plongée dans les entrailles de son peuple.

2 réponses à “L’aliénation culturelle, avec le regard de Frantz Fanon”

  1. St-Ralph dit :

    Merci pour cet extrait qui me sera très utile dans un projet que je n’ai pas encore entrepris mais que je tiens sous le coude.

    S’assurer de son passé est la meilleure façon de se défendre et construire l’avenir. Certaines personnes ont voulu faire de Frantz Fanon un ennemi de l’amour de l’histoire, de la soif des Africains à retrouver les fondements de leur passé.

    Il faudra que je me décide à lire ce essai que j’ai laissé inachevé quand j’étais jeune étudiant.

  2. Obambé GAKOSSO dit :

    Mon cher St-Ralph,

    Franchement, les gens ont l’art de transformer les paroles des uns et des autres… Je suis chaque fois en train de sourire quand j’entends certains parler des écrits de Fanon. Mais bon, je me dis simplement que soit ils ne l’ont pas lu, soit ils ne l’ont pas compris. Je passe…

    Content que cet extrait te serve.
    Cela me fait vraiment plaisir.

    @+, O.G.

Laisser un commentaire

 

Posedepierre |
Sylvie Marcotte - Mon CV |
Blogtech |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Liumx91
| Ecrirelemonde
| Plaisirsdelavie