OAPI, la défense française, Bouteflika et les valeureux Amazighs
Vous connaissez l’OAPI ? C’est l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle. Il a la charge de protéger les droits de propriété intellectuelle dans les pays membres. Le 02 mars 1977, des pays africains se réunissaient à Bangui pour signer un accord sur cette question. L’accord entrera en fonction 5 ans plus tard.
Avec le temps, d’autres pays rejoindront le bateau. Si on n’est pas un anarchiste contre toutes les lois et contre tous les droits (sauf celui d’avoir le droit de faire ce que l’on veut), une idée pareille, on ne peut que l’approuver avec tous les avantages qu’elle peut contenir. De plus, c’est une preuve, encore une, s’il en fallait, que les Africains peuvent travailler ensemble. Mais je suis surpris de voir qu’en 2013, il n’y a que 16 pays (sur plus de 50) qui en sont membres. Pourquoi ? Qu’est-ce qui les rebute ? On veut bien tous aller faire le beau à Adis Abeba, parloter au nom de l’OUA (puis de l’UA, Union africaine), où il ne sort pas grand-chose d’intéressant, d’ordinaire alors que là, pour protéger (et donc encourager aussi) la créativité, les créateurs, moins du tiers de nos pays sont de la partie…
Le Livre blanc, concernant les armées françaises a été remis hier. Il paraît qu’il faudra se débarrasser de 24.000 hommes et virer aussi pas mal de matériels. La droite française crie au scandale car, selon elle, cela amoindrit les capacités de la France. C’est assez rigolo de voir une telle réaction car s’il faut reconnaître qu’elle fait son travail d’opposition (il faut sans cesse taper sur la majorité, dit-on en France), il serait intéressant de lui dire (même si elle le sait) que la France n’a plus les moyens de tenir une telle armée. Les déficits sont trop importants et l’endettement lui, n’attend pas : il file ! En fait, c’est une très bonne nouvelle pour notre continent car même si nous savons que les « accords de défense » entre les pays-CFA et la France n’ont pas été abrogés, je doute vraiment que demain, après-demain, elle puisse encore venir chez nous, déloger un chef d’État ou prétendre faire la guerre à des bandits qu’elle a elle-même armés au préalable (Cf. la Libye et le Mali). Je sais que dans le même temps nos armées ne peuvent pas se défendre face à une rébellion, mais pendant que les Français disent faire des économies même sur leurs armées, le moment ne serait pas mal choisi pour remettre sur la table la question d’une armée continentale…
J’ai vu des images, hier et avant-hier du président algérien Abdelaziz Bouteflika. Je ne reviendrai pas sur la très (trop ?) longue carrière politique de cet homme, mais franchement, ce serait vraiment tout à son honneur de rendre son tablier et d’essayer de se reposer si Allah lui en donne encore l’occasion. Il est amorphe. Il ne tient plus la route. On a l’impression qu’il est un vestige. Aux côtés du président sud-africain Jacob Zuma, en visite à Alger, lors des honneurs militaires, il n’a même pas pu se courber légèrement, comme l’a fait son hôte du jour. Je l’ai vu descendre de sa voiture officielle : c’est un vrai combat contre la portière… Pourquoi s’infliger pareille souffrance quand on a gouté aux délices du pouvoir de 1963 à 1978 et de 1999 à 2013 (c’est-à-dire ce jour) ? Faut-il sans cesse rappeler à nos princes qu’on ne naît pas président et que la postérité ne les aime pas plus parce qu’ils sont morts au pouvoir ? Cette attitude est totalement ridicule, de la part de tous ces présidents et ministres qui, même lorsqu’ils sentent que le corps ne suit plus, veulent forcer la nature. Hélas ! ils auraient dû lire un peu (un tout petit quand même), Francis Bacon (le philosophe, pas le peintre) qui avait légué à la postérité cette idée qu’On ne commande à la nature qu’en lui obéissant…
Vous connaissez les Amazighs ? On vous parle souvent des Berbères, nom assez génériques pour désigner des populations qui cohabitent avec les Arabes en Afrique du Nord et en Mauritanie depuis très longtemps. Or, les Amazighs (« Berbères » du Maroc) et les autres dans cette partie de notre continent, sont arrivés là bien avant les Arabes. Se retrouvant minoritaires avec le temps (suite aux invasions et autres guerres), ils ont naturellement subi la loi du plus fort : ils ont appris à lire et à écrire l’arabe ; ils sont devenus musulmans ; on a obligé nombre d’entre eux à donner à leurs enfants des prénoms arabes etc. Au Maroc, les Amazighs ont leur langue mais durant des années, ils n’avaient pas le droit de donner des prénoms amazighs à leurs enfants. Un comble… Certains parents, qui n’ont jamais voulu donner de prénoms arabes à leurs enfants, avaient entamé des procédures judiciaires pour attaquer l’État à ce propos. D’autres avaient même laissé leurs enfants sans prénoms, et du coup, les enfants n’ont pas d’État-civil… Cette fois, le vent de l’histoire a donné raison à ces courageux pères et mères de famille car un arrêté ministériel leur donne enfin le droit d’appeler leurs enfants selon leurs us et coutumes. Pour avoir vécu au Maroc et discuté de ces questions avec des Amazighs, je peux vous dire que la question identitaire de ce peuple est une affaire qu’ils ne lâcheront jamais… Le courage, quand on en a, on soulève des montagnes. Les Amazighs se battent pour appeler leurs enfants comme l’ont toujours fait leurs ancêtres, chez nous, on a honte de nos ancêtres !
Obambe GAKOSSO, May 2013©





