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25 mars 2013

La RCA, Bozizé père: le ridicule ne tue vraiment pas!

Classé dans : Politique — Obambé Mboundze GAKOSSO @ 20 h 58 min

République Centrafricaine. En décidant, de manière historique et très consciente, de débaptiser son pays (alors l’Oubangui Chari), pour lui donner ce nom, plein de sens, feu Barthélémy Boganda pouvait-il s’imaginer un jour que son pays entrerait, peu après sa disparition, dans un cercle extrêmement vicieux de putschs et autres rébellions (plus souvent abouties que ratées) ?

 

La RCA, Bozizé père: le ridicule ne tue vraiment pas! dans Politique fmb1

Bozizé

 

 

Les graines de Boganda

Le pays, avec cet homme de conviction, panafricaniste averti, partait pourtant sur des bases assez intéressantes, pour porter sur le continent, le message d’unité des Africains. Même si son projet à l’époque avait été escamoté par la France et ses supplétifs locaux (Fulbert Youlou et Léon Mba notamment), quelques graines avaient tout de même été semées, et son collaborateur, Abel Goumba, à qui il avait laissé le soin de diriger le gouvernement, préparant le pays à l’accession à la souveraineté internationale (tandis que lui-même souhaitait se consacrer pleinement à la présidence du Grand conseil de l’AEF*).

 

Des rébellions en séries

 

Rapidement après sa mort, la France officielle mettra en marche son plan de conservation de la RCA sous sa coupe. Des collaborateurs de Boganda seront achetés par la France (qui pour un terrain, qui pour une maison, qui pour un maroquin, etc.) et c’est ainsi que contre toute attente, David Dacko devint président de la RCA, en lieu et place de Goumba***.

Le 31/12/1965, Jean-Bedel Bokassa, chef d’État-major (CEM) et ancien soldat de l’armée coloniale, renverse Dacko et s’installe dans le fauteuil présidentiel. Le cycle continue avec l’Opération Ca-ban (pour Centrafrique et Bangui) qui débute le 20/09/1979, avec le SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, français). Dans les soutes de leur avion, il y a Dacko qui annoncera son retour aux affaires peu après, avec la chute de l’empire crée de toutes pièces par Bokassa et donc le retour de la République. L’Opération Barracudas prendra le relais de Ca-ban et l’achèvera.

Malgré la « sécurité » et la prévenance des Français à son égard et, croit-il, à l’égard de son pays, le pays est sans cesse dans des eaux troubles. André Kolingba qui est alors CEM avec le grade de général, contraint Dacko à démissionner et s’installe donc le 01/09/1981 aux commandes du pays.

À peu de choses près, on a un remake de 1966. Un acteur en moins, Bokassa, qui vit en exil, ruminant encore ce qu’il considérait comme une trahison de la part de ses frères français.

Suivant la mode africaine qui veut qu’on revienne au « multipartisme intégral », en 1991, Kolingba fait la même chose en RCA et est battu par un ingénieur agronome, Ange-Félix Patassé (AFP) **** lors de la présidentielle de 1993. AFP à son tour goutera aussi aux mutineries dont la RCA a les recettes spéciales. De 1995 à 1996. « Réélu » en 1999, c’est par un putsch qu’il quitte le pouvoir. Nous sommes alors le 15/03/2003 et c’est d’un véritable boulevard dont bénéficie un certain François Marc Bozizé, pour prendre le pouvoir : la France, une fois de plus, lâchait son protégé au profit d’un autre.

Bozizé, natif de Mouila au Gabon (1946) a choisi très tôt le métier des armes et c’est sous Bokassa, qu’il devient général de brigade. Il dirigera même la répression, du 15 au 20/01/1979, contre les manifestants (des lycéens, et on parle de dizaines de morts, voire une centaine, selon les sources). En 1982, il tente un putsch : en vain ! Il s’exile alors au Togo. Sous Patassé, il est nommé… CEM (décidément !!!) et c’est avec l’aide de l’armée française qu’il « gère » les mutineries. En mai 2001, après une nouvelle tentative de putsch (encore un…), Bozizé, devenu très puissant grâce aux pouvoirs très étendus qui lui a confiés Patassé, est soupçonné d’y avoir trempé. Ou d’avoir laissé faire : en langage politico-militaire, cela revient au même, il veut la chute du Patassé et donc sa place. Sentant bien que le vent n’est plus en sa faveur, il s’enfuit et tentera par la suite des incursions en terre centrafricaine. En vain, car les soldats Libyens soutiennent le régime de Mustapha Patassé. Ce dernier n’est pas un parent du président Patassé. Non. Du temps où il servait sous Bokassa et que les rapports avec la Lybie étaient très étroit, Patassé fit comme Bokassa et devint musulman. Et comme de coutume, dans ces cas-là, il prendra le prénom de Mustapha. Quand on a joute le ridicule au ridicule, je ne sais pas vraiment ce que ça donne…

La France en avait-elle marre de soutenir Patassé ou y a-t-il d’autres raisons (diamants ? uranium ? etc. ?) qui la pousseront à lâcher cet ingénieur agronome d’AFP qui agaçait ses pairs africains, du Centre, moins diplômés que lui ? Les acteurs et les enquêteurs nous le diront sans doute un jour. Toujours est-il que la RCA confirme le 15/03/2003 que l’histoire adore repasser les plats. Patassé tombe et c’est son ancien CEM, Bozizé qui le remplace.

Dix ans quasiment jour pour jour, ce même Bozizé est chassé du pouvoir, par une autre rébellion, menée par une coalition appelé Seleka. À la tête de cette dernière, un homme s’est autoproclamé président de la République, Michel Am-Nondokro Djotodia, un homme qui occupait le poste de vice-Premier ministre dans le gouvernement issu des accords de Libreville (11/02/2013). Il dirige l’UFDR (Union des forces démocratiques pour le rassemblement).

 

Au sujet du putsch et de Djotodia

 

Franchement, je n’ai pas trop envie de m’étendre sur cet énième putsch. Non seulement par principe, je ne le cautionne pas, mais hélas ! il faut bien se rendre compte qu’on est dans l’incapacité, volontairement) de lister les rébellions qui ne cessent de secouer ce pays de taille moyenne (622.984 kilomètres carrés), très peu peuplé (5.166.510 habitants, soit 8,29 habitants au kilomètres carré, à peine).

Djotodia, dont je reconnais ne rien savoir du tout à part sa réussite en matière de rébellion (arracher le pouvoir pour les putschistes est assimilé à un succès) a promis les élections pour dans 3 ans. Honnêtement, que les futures élections aient lieu dans un mois ou dans mille mois, cela ne change rien à ma compréhension des choses et surtout à l’opinion que je me fais de nos pays en matière de démocratie notamment. La RCA a-t-elle besoin d’élections maintenant ou plutôt de réunir ses forces vives pour savoir ce qui réellement ne va pas dans ce pays au point que les rébellions ressemblent à des symboles de réussite, au point d’éclipser tout ce qui peut se faire en bien dans ce pays qui pourtant ne manque pas de ressources humaines à même de lui apporter les remèdes nécessaires. On peut lancer ici le pari à tout non-Centrafricain : quel Centrafricain est connu en dehors des frontières de son pays, mis à part le nom d’un président qui chute et du rebelle qui prend sa place ? Non seulement cela ne fait pas très sérieux, mais de plus, le plus grand perdant dans cette tragédie est le peuple africain qui a l’impression que chacun de ses efforts déployés, individuellement comme collectivement est noyé par des dirigeants totalement irresponsables qui ne savent pas qu’ils sont au service du peuple et non pas l’inverse.

 

Elèves Bozizé et autres : zéro sur toute la ligne !

 

Je ne pense pas que le drame centrafricain puisse être ramené au seul pauvre Bozizé. Non. Depuis son accession à la souveraineté internationale, la RCA, on l’a vu, a pris un abonnement. Ses différents présidents, ministres de la Défense et autres chargés des Finances du pays ont failli, dans une des missions les plus régaliennes d’un État : la défense de son intégrité territoriale. Si à la tête de chaque rébellion, il y a un Centrafricain, et si le gros des troupes se composent aussi de ressortissants de ce pays, des pays voisins ont servi de base arrière et le Tchad est souvent pointé : quid alors de la frontière tchado-centrafricaine ? Quid ensuite des militaires centrafricains, ces hommes qui devraient être dirigés par des chefs compétents, les formant comme il se doit pour défendre leur terre ? Ne sont-ils pas payés pour cela ?

Chaque fois qu’une rébellion est arrivée, il fallait voir avec quelle facilité déconcertante elle écrasait tout sur son passage. Et d’ailleurs, les soldats centrafricains ont-ils vraiment combattu en 2003 devant les rebelles de Bozizé ? Patassé, incapable de mettre sur pied une armée digne de ce nom, fera même appel aux rebelles venus de l’autre côté de la frontière, au Sud du pays : c’est ainsi que Jean-Pierre Bemba Gombo (RDC) enverra ses hommes faire le coup de feue en RCA.  Or, sans armée solide, aucun État n’est viable. Sans armée, on est dans du romantisme et on confie sa sécurité à n’importe qui, et nos pays sont champions à ce niveau, de confier la sous-traitance à la puissance coloniale. C’est ainsi que l’arme française fait la pluie et le très mauvais temps en RCA. Qui a oublié le colonel Jean-Claude Mantion ? Cet homme, agent des services secrets français fut, dans le cadre de la fameuse « coopération », cet anachronisme, véritable marché de dupes qu’affectionne nos dirigeants politiques, chef de la sécurité présidentielle à Bangui, du temps de Kolingba… Toute la classe politique centrafricaine s’accorde à dire qu’il était le véritable patron de la RCA.

Ces présidents ont tous confié le destin de la RCA à la France. Chaque fois qu’ils accédaient aux affaires, ils oubliaient que l’histoire adore repasser les plats et que donc, ce que la France a fait aux prédécesseurs, il n’y a pas de raison valable pour qu’elle ne fasse pas autant avec eux…  Celui qui oublie l’histoire, n’est-il pas appelé à la subir, nous dit la sagesse populaire ?

C’est comme cela que nos dirigeants, qui ne veulent toujours pas entendre parler d’unité, dans le cadre d’un État fédéral, avec donc une armée commune, sont chaque fois en train de gaspiller notre temps, notre argent, nos vies et notre crédit, en gérant des rébellions de toutes natures. Pourtant, lorsqu’il y a le feu au lac, les Bozizé et autres avatars des temps modernes sont les premiers à faire appel à la France (tout le temps) ou aux pays voisins (de temps en temps). Ont-ils besoin de sortir des meilleures écoles de sciences politiques et de guerre pour savoir et enfin comprendre qu’ils font sans cesse fausse route ?

Bozizé, dont on dit qu’il est au Cameroun, tandis que sa famille biologique serait en RDC aura, j’en suis persuadé, largement le temps d’y réfléchir. À 67 ans, il serait enfin temps qu’il utilise sa matière grise ou le peu qu’il lui en reste…

Quid des autres dirigeants africains ?

 

S’il y a bien un endroit où j’aimerais être en ce moment, c’est dans le crâne des dirigeants du continent. Que pensent-ils réellement de ces troubles à répétition qui gangrènent le continent depuis le départ officiel des colons, entre 1956 et 1977**** ? L’impression qui se dégage est que cela leur plaît de joueur aux sapeurs-pompiers (avec très peu de succès), quand ils ne sont pas eux-mêmes à l’origine de la déstabilisation de leurs voisins… Nos dirigeants se plaignent tous les jours d’avoir très peu de ressources et, de ce fait, ils parcourent le monde entier à la recherche de fonds, mais refusent délibérément de regarder de front les questions de défense de notre continent. Combien de nos armées sont réellement à même de défendre nos territoires ? En étant gentils, on parlera éventuellement d’une poignée. Mais en étant durs (en français, réalistes), je crains de dire mokate (zéro)… Alors, on attend quoi pour travailler ensemble à la défense du continent ? Ce ne sont pas les académies militaires qui manquent sur le continent. Ce ne sont pas les hommes motivés qui manquent non plus. Une partie de notre jeunesse est de plus en plus afrocentrée et il ne sera pas difficile d’y puiser de la ressource pour travailler sur cette question. À condition, bien entendu, que nos actuels dirigeants le veuillent. Ce qui ne semble pas être pour demain la veille…

Obambé GAKOSSO, March 2013 ©

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* : Afrique équatoriale française

** : Mouvement pour l’évolution sociale de l’Afrique noire

*** : Lire à ce sujet les savoureux mémoires d’Abel Goumba, en deux volumes, parus chez Ccinia Communication, collection Sambela, 31,80€ pour le tome1 et 54,25€ pour le tome2.

*** : Né en 1933, il n’est pas un nouveau venu sur la scène politique nationale. Il fut ministres plus d’une fois, sous Bokassa. Il sera aussi Premier ministre (1976-1978).

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