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23 mars 2013

Cette fois le monde s’effondre vraiment: Chinua Achebe est parti

Classé dans : Décès — Obambé Mboundze GAKOSSO @ 2 h 07 min

Les mots.

Combien sont-ils à taper aveuglément sur les romanciers, poètes, nouvellistes, auteurs de théâtre, en leur disant qu’ils ne servent à rien ? Au-delà des aspects superficiels, des petites satisfactions que peuvent apporter de très bons romans, des poèmes merveilleux, il y a des œuvres de fictions qui servent les combats. Chinua Achebe a, sa carrière d’auteur durant, œuvré en ce sens

Cette fois le monde s'effondre vraiment: Chinua Achebe est parti dans Décès caOui, hier soir on a appris le décès de cet auteur de talent qui, jusqu’au bout, est resté fidèle à sa ligne : la sienne, celle de la rectitude morale, celle du peuple qui souffre. Un peuple nigérian vivant sur une manne pétrolière extraordinaire mais qui, comme c’est souvent le cas au Sud du Sahara, ne fait qu’en sentir l’odeur : l’essentiel des revenus étant destinés à des poches et des comptes bancaires bien précis, d’un petit nombre de Nigérians.

Oui, Chinua Achebe l’avait dit et très bien résumé dans son magnifique essai, publié il y a 30 ans, The trouble with Nigeria, par ces mots : Le problème avec le Nigeria est simple, c’est carrément un défaut de gouvernance. Oui, défaut de gouvernance : combien de nos pays ne se sentent pas concernés par cet accablant constat ? Sous la colonisation déjà, en sortant son premier roman, le très célèbre Things fall apart**, il dénonçait sans le moindre voile, le colonialisme. J’ai revu ce livre il y a quelques semaines et on voyage bien. On a l’impression d’être en pays igbo, au Nigeria, en train de voir comment la société africaine est en train de se détruire, comment le tissu social se lézarde, sous les coups de boutoir de la colonisation.

Comment s’étonner que ce roman de très grande qualité soit devenu un des plus grands classiques de la littérature mondiale avec 10 millions ( !!!) d’exemplaires vendus à travers le monde (éditeur) avec une traduction en 50 langues ( !!!)

Tout le monde connaît ce proverbe : Tant que les lions (…) Achebe était un lion. Un lion qui a écrit notre propre histoire alors que des auteurs encensés à travers l’Occident, comme Ernest Hemingway donnaient de nous une image totalement dégradée : celle de sauvages !

Né le 16/11/1930 Albert Chinualumogu Achebe, qui virera le prénom colonial d’Albert pour devenir simplement Chinua Achebe fait partie de ces auteurs africains qui m’ont donné le goût de lire les Africains. Mais pas n’importe lesquels. Ces Africains qui, tout en dénonçant ce qui ne va pas (ou qui n’allait pas, Cf. la colonisation), ne se vendaient pas aux ennemis du continent avec pour objectif sans cesse de salir le Nègre, son village, sa famille etc. Chinua Achebe allait bien au-delà de ces considérations. D’ailleurs, son roman suivant (1960) sera dans la même veine car c’est la suite des aventures du pauvre Okonkwo, qu’on a déjà lu dans le roman précédent.

En 2011, il refusait une nouvelle fois, une décoration de la part des autorités fédérales du Nigeria. Pour lui, accepter ces décorations, c’était comme se compromettre car le pays allait (et va toujours) très mal : qu’ils gardent leurs décorations !!!

Victime d’un accident de la route en 1990, qui le clouera dans un fauteuil roulant, il a malgré tout continué à donner des cours au Bard College (New-York state). En effet, il ne faisait pas qu’écrire : il fut aussi un enseignant respecté et reconnu à la Brown University (Rhode Island state) et dans plusieurs autres universités (Nigeria, Grande Bretagne, USA).

Avant que son compatriote, de 4 ans plus jeune, Wole Soyinka, et après qu’il ait eu son Prix Nobel de littérature (1986), pour beaucoup, Chinua Achebe le méritait plus que lui. Mai je ne me souviens pas avoir u quelque part qu’il s’en soit plaint. Il ne courait point après les prix et les distinctions en tous genres. Pourtant, il en a eu.

Sa famille a annoncé son décès, des suites d’une belle maladie.

Je pense très fort à lui.

Je pense à ses livres puissants.

J’aimerais conclure par ces mots de Madiba Mandela, à son propos : En sa compagnie, les murs de la prison tombaient.

Oui, les écrivains peuvent avoir leur utilité sociopolitique. S’ils s’en donnent la peine et si nous savons les lire.

RIP !

 

Obambé GAKOSSO, March 2013©

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* : En anglais, il paraît en 1958 et en français, Le monde s’effondre, chez Présence Africaine, 1966.

4 réponses à “Cette fois le monde s’effondre vraiment: Chinua Achebe est parti”

  1. Grace Bailhache dit :

    Chapeau pour cet article hommage Obambé, il est ce que j’ai lu de mieux sur le sujet parce que réellement incarné. Comme je te le disais l’autre soir sur FB, il me semble que j’ai étudié le monde s’effondre au lycée à Brazza. Mais comme c’est très loin tout çà, il faudrait sans doute que je me le fasse confirmer par quelqu’un qui aurait été à libération à la même époque. En même temps, ce n’est pas vital non plus. Tout çà pour dire, que ce livre m’a accompagné un moment, mais que je ne l’ai relu depuis au moins 10 ans. Je croyais sincèrement qu’il était mort depuis des lustres.

    Il y’a quelques coquilles dans ton paragraphe qui évoque Solinka. C’est un peu petit quand même, ce côté d’autres pensaient qu’il méritait plus le nobel….Mouaih ! Je ne suis pas convaincue non plus là dessus.

    A suivre…

    Grace

  2. Obambé GAKOSSO dit :

    Grace,

    De quelles coquilles parles-tu? Que je les corrige avant qu’il ne soit trop tard… :)

    Dans mon lycée, le LDR, je ne l’ai pas étudié. Juste quelques textes. En anglais, en cours d’anglais, évidemment…

    Merci en tout cas.
    C’était le moins que je puisse faire pour lui.

    Cadeau, pour toi qui est polylingue: http://www.qub.ac.uk/imperial/nigeria/language.htm

    @+, O.G.

    • Grace Bailhache dit :

      Merci pour ce lien, je vais l’imprimer pour le relire tranquillement parce qu’évidemment la question des langues m’intéressent toujours.

      En attendant, j’en profite pour te remercier pour le passage à l’ADM, je n’ai pas fini de te répondre, mais comme l’heure de fin a sonné pour moi pour ce soir, je continuerais demain.

      Juste une dernière chose, profites en si tu le peux pour mettre à jour l’adresse de ton blog, parce que j’ai essayé d’y accéder de l’ADM et je suis tombée sur l’ancien qui est truffé de pop up qui m’ont bloqué ma page. Arghhhh !

      A bientôt

      Grace

  3. Obambé GAKOSSO dit :

    Grace,

    De rien, c’est un plaisir.

    Merci pour la page ADM, j’y suis allé et j’ai actualisé. En fait, je n’y vais vraiment plus depuis plusieurs mois.

    @+, O.G.

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