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21 décembre 2012

Moussa, le Mac Do d’Abidjan et le « développement »

Classé dans : Société — Obambé Mboundze GAKOSSO @ 23 h 14 min

Moussa, le Mac Do d'Abidjan et le Je me souviens d’une belle causerie que nous eûmes il y a belle lurette à Casablanca, entre frères. Je ne sais plus si c’était en pleine journée ou un soir. Mais peu importe. La majorité des causeurs était Congolais. Il y avait deux Ivoiriens dont Moussa. Le thème principal de la discussion, je ne m’en souviens plus, mais à un moment donné, nous parlions de « développement », d’économie, de Mac Do etc.

Un Congolais de dire, à un moment donné, pour taquiner nos frères ivoiriens : Est-ce qu’il y a même un Mac Do à Abidjan ? Bien entendu, inutile de préciser qu’il n’y e avait pas à Mfoa et ce n’est pas demain la veille que nous en aurons. Moussa, très sage et fort intelligemment répondra : Est-ce qu’on en a même besoin là-bas ?

Voilà une réponse sage que nous devrions être un peu plus nombreux à donner lorsque les questions de « développement » nous sont posées. Comme mes parents, comme mes aînés (es) et mes puinés (es), j’ai subi un programme scolaire, du CP1 à la terminale avec certains concepts que certains de nos enseignants eux-mêmes ne comprenaient pas. Et le terme « développement », utilisé à longueur de journées par les autorités politiques, par les journalistes et par nos professeurs de collèges et de lycées, en faisait partie.

Qu’est-ce que le « développement » ? Que recèle exactement ce concept ? Le PCT (Parti congolais du travail) avait des idéologues qui avaient entre autres pour missions de nous bombarder de théories sur les lignes politiques et économiques du parti, donc de l’État (puisque nous étions en plein parti unique et que le parti dirigeait l’État). Mais quel Congolais était capable, jusqu’en 1990, année de la fin de la parenthèse du parti unique, de dire ce qu’est le « développement » ?

Force est de reconnaître que pour nombre de Congolais, pour nombre d’Africains, le « développement », ce sont de grands bâtiments à étages, des immeubles tutoyant le ciel, des métros, des trains partout dans nos villes. Le « développement » c’est trouver à chaque coin de rue des raisins, des Golden, des framboises. Le « développement » c’est pouvoir manger un hamburger même à Bétou ou Mayoko à 3 heures du matin. Il y en a même qui pensent que le « développement », c’est de pouvoir embrasser à pleine bouche son amant en plein marché de Mikalou, à 10 heures du matin, devant un étal de poissons d’eau douce. Je pourrai citer 1001 exemples. Combien de fois n’a-t-on pas entendu des Africains dire Nous vivons comme des Blancs. Nous sommes civilisés ?

Du temps de la coloniale, les Européens avaient crée de toutes pièces une caste « d’évolués » parmi nos parents et grands-parents, dans les grands centres urbains. Il en est resté quelque chose à tel point qu’il y a une confusion totale, lorsque nous nous exprimons, vis-à-vis de certains des nôtres pour qui nous n’avons que très peu d’estime, on se prend pour des « civilisés », des « modernes », des « développés », des « Blancs » etc. Tout est confus. C’est une sorte de « mangé-cochon », comme diraient les Antillais. Nous ne savons pas vraiment de quoi nous parlons, mais nous en parlons à longueur de journée.

En 1999, Alphonse Mbama faisait son entrée au gouvernement comme « ministre du Développement industriel ». L’expérience fera long feu et on ne saura jamais vraiment en quoi avait consisté sa mission ni ce qu’il aura fait en final de compte. Il est reparti comme il était arrivé :ni vu ni connu. Au moins, avec lui, les Africains ne pourront pas dire « Voilà un ministre qui est là depuis 20 ans ! »

Si le « développement » doit consister à avoir une population surarmée avec 9 armes pour 10 habitants, je n’en veux pas. si le développement doit consister à avoir des villes avec tellement de véhicules qu’il faut mettre une heure en voiture pour parcourir 100 mètres, je n’en veux pas. Si le développement c’est avoir un fournisseur d’eau, un fournisseur d’électricité, tous privés, je n’en veux pas : on voit ce que cela donne dans les pays dits « développés » : des explosions des factures et des populations qui n’en peuvent plus. Si le « développement » doit consister à privatiser tous les services publics, je n’en veux pas. si le développement c’est avoir de grands groupes monopolistiques, oligopolistiques, je n’en veux pas. si le « développement » c’est manger des produits dont on ignore complètement l’origine, le mode de fabrication, je n’en veux pas. si le « développement » c’est aller signer des accords de « coopération » à tout va, avec des « partenaires » sans que je ne sois informé du contenu de ces « accords », je n’en veux pas. Si le « développement » consiste à devenir un acheteur compulsif, je n’en veux pas. si le « développement » consiste à se retrouver avec 10 cartes de crédits dans son portefeuille, je n’en veux pas. Si le « développement » consiste à prendre le moindre crédit à la consommation pour le moindre besoin ou désir, je n’en veux pas.

Il serait temps que l’Africain revienne vers lui-même. Nous devons savoir ce qui st bon pour nous, pour notre système de santé, pour notre système éducatif. Nous en avons la possibilité et nul besoin de courir le monde en quête de Dieu seul sait quoi. Nous avons un environnement qui est merveilleux, qui nous offre tout ce dont nous avons besoin pour vivre décemment et même au-delà de nos attentes. Nous avons besoin de renaître. En tant qu’Africains. Nous pouvons le faire. Nous le devons. Avec des ancêtres qui vivaient la plupart du temps en harmonie avec leur environnement, des ancêtres qui nous ont léguées pas mal de choses très intéressantes à exploiter et à réexploiter, qu’attendons-nous ?

 

Obambé GAKOSSO, December 2012©

Une réponse à “Moussa, le Mac Do d’Abidjan et le « développement »”

  1. St-Ralph dit :

    Le édéveloppement », quel mot extraordinaire. C’est une loupe par laquelle l’Europe regarde l’Afrique et le reste du monde. Une loupe azcheté à l’Europe que le commun des Africains utilise pour se juger et juger ses semblables.

    Aujourd’hui,vu de l’Europe, le développement ressemble à un train lancé à grande vitesse. Si tu en descends, tu es perdu ! Nombreux sont ceux qui, semblablabes à des vaches dans un pré, restent sur les quais de gare à le voir passer. Certains de ceux qui sont dans ce train ont la nausée et donc beaucoup de mal à suivre son rythme. Du coup, le voyage n’est pas un plaisir mais une angoisse profonde. Chaque matin, ils se demandent s’ils vont tenir le rythme ou tomber du train pour finir le restre de leur vie dans la nature, c’est-à-dire dans le dénuement et l’indifférence publique. Cela s’appelle l’angoisse du développement.

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