Epurebere, adi ibo ya ndziya yo: le blog d'Obambé Mboundze Ngakosso

Kemet (l'Afrique), les Kamit (les Africains), leurs relations avec le reste du monde, les essais qui me frappent, etc., voilà les sujets de cet espace

7 juillet 2012

Ganao n’est plus

Classé dans : Décès — Obambé Mboundze GAKOSSO @ 15 h 26 min

 

Ganao n'est plus dans Décès GANAOON avait l’habitude de l’appeler Le premier diplomate congolais. Lui, c’était David Charles Ganao. Ou encore Charles David Ganao. On ne sait jamais avec les noms de chez nous quand il y a 100 prénoms et 10 noms pour une seule et même personne. Il ne passait pas inaperçu avec sa tignasse très fournie, poivre et sel, des cheveux bicolores, comme dirait le Pr. Nicolas Agbohou, pour signifier qu’il a pas mal d’années derrière lui.

LE Dictionnaire général du Congo-Brazzaville* dit que Ganao est né à Djambala (actuel département des Plateaux, Centre du Congo) le 20/07/1926. Je me souviens de certains journaux, dans les années 90 qui disaient de lui qu’il était né en 1922. Lors de sa nomination comme Premier ministre le 27/08/1996, officiellement, on le disait né en 1928… C’est cet âge que nous retiendrons pour dire qu’il est passé de vie à trépas à l’aube de ses 84 ans. Très bel âge pour un Congolais, quand on connaît notre espérance de vie.

 

ENCORE un dinosaure de la politique congolaise qui s’en va, tirant sa révérence après une longue carrière de diplomate et une autre de chef de parti. Il ne pourra pas dire qu’il n’aura pas bien vécu, ce Vieux Ganao. Des vies, il en a connues. Des carrières, il en a faites. Il a commencé comme instituteur, est passé directeur d’école primaire puis inspecteur de l’enseignement primaire. Il a la fibre politique et adhère au MSA (Mouvement socialiste africain) de Jacques Opangault, l’un des trois grands leaders politiques du pays de l’époque. Un concours réussi lui permet de se former 2 années d’affilée au Quai d’Orsay (France), d’où il sort diplomate. Ce qui lui permettra d’aller représenter le Congo aux USA, chargé de ce pays et des Nations unies. Arrivé aux affaires après la chute du président Fulbert Youlou, Alphonse Massamba Débat le rappelle et le nomme chef de la diplomatie congolaise. C’est lui qui mettra en œuvre les relations avec les puissances rouges de l’époque, entre autres : l’URSS, Cuba, la Chine. En 1966, après la démission du Premier ministre Pascal Lissouba, remplacé par Ambroise Edouard Noumazalaye, il voit son champ prendre du volume et devient ministre des Affaires étrangères, de la Coopération, du Tourisme et de l’Aviation civile. En 1968, il est remplacé à la diplomatie par Nicolas Mondjo et devient ministre du Plan. En 1973, il est de nouveau chef de la diplomatie (le Premier ministre est alors Henri Lopes). En 1975, il est de retour comme ambassadeur aux USA puis enchaîne par une longue carrière internationale à Vienne, en Autriche, toujours dans la maison ONU.

 

JE ne sais pas s’il a profité du pseudo renouveau démocratique avec ce vent soufflant sur le continent africain pour rentrer au pays, mais toujours est-il qu’en 1990, il prend sa retraite internationale, rentre au Congo et crée l’UFD (Union des forces démocratiques). Lors de la grand-messe nationale appelée Conférence nationale souveraine (CNS) de février à juin 1991, il participe pour le compte de son parti. Il se présente comme candidat pour le poste de Premier ministre de la transition. Alors qu’à l’issue du premier tour il fait partie des favoris, c’est André Milongo qui emporte la mise. Certains conférenciers mettront en avant une proximité** avec le chef de l’État Denis Sassou Nguesso.

 

EN 1992, Ganao est élu député de Djambala sans la moindre surprise : qui pouvait le battre dans cet espace qu’il considérera longtemps comme sa chasse gardée ? Deux autres députés de son parti sont élus et lui-même termine septième à l’issue de la présidentielle de 1992. Un an avant l’élection présidentielle censée avoir lieu en 1997, dans un pays surarmé, avec des milices privées au service de leaders politiques, il est nommé par son ami Lissouba, le 27/08/1996, Premier ministre. Hélas ! pour lui, hélas ! pour les Congolais, l’élection de 1997 n’aura jamais lieu. Ce sont les armes qui se mettent à parler le 05/06/1997 et, officiellement, 15.000 morts seront à déplorer durant cette guerre qui prendra fin à la mi-octobre 1997. Au mois de septembre, en pleine guerre, Ganao est remplacé par Bernard Bakana Kolélas qui jusque là était allié, officiellement de… Sassou Nguesso.

 

DANS ce pays où rien n’est jamais simple sur le plan politique, Ganao rentre et coule de jours heureux. Pour la présidentielle de 2009, il soutient publiquement Sassou Nguesso avec cette anecdote sur la vieille chaussure et la nouvelle***, que lui narra naguère Andreï Gromyko, chef de la diplomatie soviétique. Ainsi sont nombre d’Hommes politique de notre pays : une inconstance totale. Aucune ligne claire. Une vision de la société inexistante. Ce que j’écris ici est valable dans tous les partis ou presque de notre pays. Si l’on peut saluer le travail du diplomate (toutes proportions gardées), le leader politique, je le classe au même rang que ses congénères. Je ne me souviens pas de quelque chose de saillant, de transcendant, de grand, émanant de ce vieil homme. Je me souviens de ses paroles, en septembre 1996, au Maroc, lors d’une visite officielle, avec un officiel marocain : pauvre de nous.

 

QUE son âme repose en paix. Que dire de plus sur cet homme qui, sauf erreur ou omission de ma part, ne nous pas légué un ouvrage témoignage sur sa vie, sur son parcours. Nos aînés, qui ont fait la politique ces 50 dernières années, s’en vont un par un, ne laissant pas grand-chose, sinon rien, aux générations qui leur succèdent alors qu’il incombe à ces dernières de bâtir un pays, de faire renaître un continent.

 

Obambé GAKOSSO, July 2012©

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* : Auteur, Philippe Moukoko (juriste), éditions L’Harmattan

 

* : Cela fait sourire car dans cette classe politique Songolo est ami avec Pakala qui est le cousin de Kingani. Ils ont tous des accointances, à un niveau ou à un autre.

 

*** : Lire ici.


6 réponses à “Ganao n’est plus”

  1. Alain dit :

    Je n’ai jamais compris que les Congolais suivent nos leaders les yeux fermés, sans la moindre réflexion.

    J’aimerais dire paix à son âme, moi aussi, mais…

    Alain

  2. Molekinzela dit :

    je suis très attristé par la disparition de David Charles Ganao que je viens d’apprendre.
    Je le connaissais un peu car il était un ami de la famille.
    Je me souviens que quand j’étais gamin, il avait séjourné quelques jours chez mon oncle, qui était son ami de longues dates.
    C’est l’un des rares téké qui portait encore la marque identitaire ethnique des balafres.
    Le mec adorait aussi de jolis cigares et du champagne dont il se réservait toujours une provision de quelques bouteilles qu’il emportait partout où il allait…
    C’était semble-t-il, un « homme à femmes »…
    Mais, il savait aussi être simple et ne pas jouer au « Mokondzi/personalité importante ».
    On disait aussi de Ganao qu’il connaissait du beau monde et qu’il avait un excellent carnet d’adresse de par sa longue carrière diplomatique…
    A cet effet,il était, paraît-il, un ami d’Herbert Von Karajan, le célèbre chef d’orchestre allemand qui a dirigé plusieurs années, la célèbre Philarmonique de Viennes.
    J’ai beaucoup d’admiration pour le parcours professionnel des gens de sa génération, qui pouvait être très ample.
    Il l’avait compris, car lorsque « tonton Charles » (c’est comme çà qu’on l’appelait) nous parlait, alors que nous étions gosses, il s’intéressait d’abord à notre scolarité et nous encourageait à nous investir sérieusement dans les études…
    Pour lui et les gens de sa génération dans les années 70, l’investissement scolaire était encore un puissant facteur de mobilité ascendante…
    Je me souviens aussi qu’aux cérémonies du défilé d’une fête de 15 Août, sous Ngouabi, alors qu’il était ministre, il est arrivé en retard, plus de 10 minutes, après les chefs de l’Etat. (la ponctualité, n’étant, paraît-il, pas son point fort…).
    A ce défilé du 15 Août, il y avait comme invités d’honneur Angela Davis, les présidents Bongo et Idi Amin Dada accompagné de son fils de 5 ans….
    Tout le monde pariait que Ganao serait débarqué de son poste, car c’était un affront d’arriver après les Chefs d’Etats… surtout en présence d’un illustre invité à la stature imposante d’Idi Amin Dada qui savait parfaitement comment « traiter » à sa manière ce type d’écart…
    Il n’en a rien été… Les considérations liées à l’âge avaient surement implicitement joué et le Camarade Marien a fait l’impasse sur cet incident.
    Pour ce qui est des alliances ou des intrigues politiques, le mec était un vieux briscard qui savait vraisemblablement se mouvoir dans ces marécages où nous n’y comprenons rien…
    Comme on dit chez nous, « ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire la grimace »…
    Dommage que tout ce petit monde qui disparaît progressivement, n’ait pas songé à écrire ses mémoires qui renseigneraient les générations à venir…

    paix à son âme.

  3. Liss dit :

    Voici donc ta nouvelle demeure, plus spacieuse, je ne pensais pas que l’on pouvait en arriver à manquer d’espace sur les blogs. Bon, ma première intervention est :pourrais-tu traduire pour moi « Epurebere, adi ibo ya ndziya yo » ? je ne pense pas que cela puisse signifier « le blog d’Obambe… » Quant au « n » devant « Gakosso », il me fait plaisir !!!

  4. Obambé GAKOSSO dit :

    Mbote ma Liss,

    Je reviens vers toi avec un peu de retard.
    Oui, j’ai failli être réduit au silence par unblog.fr. Cette plateforme m’a surpris au dernier moment, à l’occasion de mon tout dernier article. Impossible d’y ajouter des images car d’espace disponible, il n’y avait plus du tout.
    Je ne te dis pas le drame.
    Ni une ni deux, je me résolu à créer un 2e blog. Je tâcherai d’y mettre moins d’images.
    Bon, tu voudrais donc savoir ce que signifie Epurebere, adi ibo ya ndziya yo
    Comment te traduire cela sans trahir l’esprit même de ce proverbe (ou adage, je ne sais pas trop…). C’est utilisé à l’usage de celles et ceux qui sont en quête d’un endroit où dormir. Deux conceptions sont alors de mise :
    - On demande à la personne de ne pas avoir de poux (sinon, on te met dehors) [ A di ibo ya ndziya yo] ;
    - On lui demande de ne pas craindre les poux. Il doit accepter. Un point. Car, comme on dit en français, nécessité fait loi. C’est ce que j’aurais pu utiliser et là, je dirai A di ibo ya ndziya O bana yo.
    Voilà pour l’explication.

    @+, O.G.

  5. Kalou dit :

    Bonjour,
    Je suis francais et je fais des recherches sur la famille Ganao et je voudrais connaitre le nom des enfants.l’aine est Cesar leopold Ganao mais les autres ?
    Je crois qu’il y a charlotte mais je n’arrive pas a avoir les informations!
    Merci pour votre aide

  6. Obambé GAKOSSO dit :

    Bonsoir Kalou,

    Merci de votre passage sur cet espace.

    Hélas! je ne connais aucun des enfants de feu David Charles Ganao.

    Bonne chance dans vos recherches et ce sera avec plaisir que je vous relirai ici.

    Obambé GAKOSSO.

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